Il fallait y penser. À Nantes, on ne se contente plus de planter des arbres ou de faire germer des idées, on enterre désormais des sous-vêtements. Initiée par la mairie de Johanna Rolland avec le soutien d’ADEME, cette action se veut pédagogique. Elle illustre de manière frappante une approche de l’action publique. Bienvenue dans l’économie du slip enfoui, rapporte TopTribune.
L’innovation publique : le textile, nouvel indicateur économique
Il existe des tournants dans la vie économique d’une nation où tout change. L’année 2026 pourrait bien rester gravée dans les mémoires, car l’indicateur phare du bien-être économique pourrait ne plus être le PIB, ni l’inflation, ni même le taux d’emploi, mais plutôt… le niveau de décomposition d’un slip en coton. Le principe est simple : on enterre un sous-vêtement à environ 15 centimètres de profondeur, on attend quelques semaines, puis on le déterre. Plus le slip est dégradé, plus la biodiversité du sol est riche. C’est ainsi que l’on participe à une expérience scientifique. Ce projet s’inscrit dans une campagne inspirée d’initiatives canadiennes, adoptée dans l’Hexagone depuis plusieurs années pour « sensibiliser les citoyens à la biodiversité des sols ». À Nantes, cette opération prend une ampleur significative : 29 slips sont enterrés sur 19 sites. Ce n’est pas une blague, mais bien une initiative municipale, soutenue par des fonds publics.
L’ADEME et l’éducation par le caleçon
À l’origine de cette initiative se trouve l’ADEME, dont la mission est de sensibiliser les Français aux enjeux environnementaux et de leur fournir “des clés pour agir concrètement”. Et il faut l’admettre, difficile de faire plus concret. L’ADEME souligne que la formation des sols nécessite entre 300 et 500 ans et que leur dégradation est accélérée par l’urbanisation et la pollution, soulignant l’urgence de mieux appréhender leur fonctionnement. En réponse, quoi de mieux que d’enterrer un slip ? On pourrait imaginer des capteurs, des analyses scientifiquement poussées, des modèles agronomiques sophistiqués… mais pourquoi opter pour la complexité quand un simple caleçon peut suffire ? C’est là qu’on touche au talent administratif : rendre visible l’invisible via le vestiaire.
Une initiative publique à la frontière de l’art
Aussi inattendue qu’amusante, cette initiative a suscité diverses réactions. Charles Consigny, notamment, n’a pas manqué de s’en faire l’écho, exprimant avec humour son scepticisme quant à l’utilisation des fonds publics, tout en conservant un certain sens de mesure. D’autres responsables politiques ont parlé de « gaspillage » et ont suggéré la suppression pure et simple de l’ADEME. Cette agence, pourtant, gère entre 3 et 4 milliards d’euros, soit environ 30 % du budget du ministère de la justice, qui peine à équilibrer ses finances. Néanmoins, il semble essentiel d’enterrer des slips, surtout lorsque ceux-ci deviennent radioactifs après un usage excessif.
Le slip comme outil de politique publique : vers un nouveau paradigme économique ?
Il est important de garder en perspective l’évolution des symboles économiques. Autrefois, on évaluait la richesse d’une nation à sa productivité industrielle. Aujourd’hui, on évalue la santé d’un sol à l’état d’un sous-vêtement enfoui. Demain, pourquoi ne pas aller plus loin ? Un « indice national du slip » pourrait suivre la santé écologique d’un territoire. Des obligations vertes fondées sur le taux de dégradation des sous-vêtements. Un marché autour des slips biodégradables. Des startups spécifiquement dédiées à l’enterrement haut de gamme de lingerie. L’économie circulaire porte véritablement son nom.
Une politique publique qui ne manque pas d’audace, mais qui questionne son sens
En somme, l’opération « Plante ton slip » est aussi fascinante que révélatrice. Elle étonne par son audace, tout en mettant en lumière l’orientation actuelle de l’action publique. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de défis économiques majeurs, voir une collectivité consacrer son énergie à l’enfouissement de sous-vêtements soulève une question essentielle : quelles sont nos véritables priorités ? À Nantes, la réponse semble être limpide : sous terre.