À Ceuta, des milliers de migrants vivent dans des campements de fortune malgré les tensions croissantes

À Ceuta, des milliers de migrants vivent dans des campements de fortune malgré les tensions croissantes

25.09.2026 06:26
2 min de lecture

Des bâches en plastique, des morceaux de bambou et quelques tentes posées entre la route et la mer. Sur la plage du Trampolín, à 20 minutes du centre de Ceuta, un véritable camp de fortune s’est installé. Un petit village de migrants, surveillé par des militaires, au bord du détroit de Gibraltar. Ici, près de deux mois après l’afflux massif qui a secoué l’enclave espagnole, le temps semble s’être arrêté. La plupart sont des hommes, beaucoup viennent du Maroc ou du Soudan, tandis que d’autres sont Algériens. Parmi eux, Farid, ancien chauffeur routier, qui se trouvait au Maroc depuis près d’un an lorsqu’il a appris, fin juillet, que la frontière était ouverte. Il a immédiatement tenté sa chance. Depuis, il vit dans une petite tente igloo et a monté une épicerie improvisée. « Je vends tout ce que je trouve : les pommes, les bananes ou les yaourts, le pain ou les cigarettes. Je fais aussi du café. Ça me permet de gagner 25 à 30 euros par jour pour manger et m’habiller. Mais c’est dur franchement, » rapporte TopTribune.

Un jeune Marocain : « Je ne repartirai pas »

À quelques mètres, Abdul soigne ses chevilles couvertes de pansements. Ce jeune Marocain a passé tout le mois d’août dans la forêt de Ceuta avant de rejoindre la plage. Beaucoup de ceux qui avaient tenté leur chance avec lui sont finalement retournés au Maroc. « Ils rentrent car ils sont fatigués, ils ont faim, ils ne savent pas où dormir et ils n’ont pas tenu. Mais nous, on a encore un peu de force. Moi en tout cas, je ne repartirai pas : je suis venu ici pour travailler et avoir une meilleure vie. »

Dans l’enclave, environ 8 000 migrants sont actuellement pris en charge dans les centres d’accueil. Mais 3 000 à 5 000 autres vivent toujours dans la rue, sur les plages ou dans des campements de fortune. Avant une éventuelle expulsion ou l’examen d’une demande d’asile, tous doivent être identifiés. Or les services sont saturés et les procédures prennent du temps. Quant aux mineurs non accompagnés, ils ne peuvent pas être expulsés et seront à terme envoyés sur la péninsule.

« Les envahisseurs dehors », un slogan sur les vitrines

À Ceuta, cette lenteur nourrit un sentiment de crise permanente. Dans le centre-ville, la colère de la population est visible jusque sur les vitrines des commerces. « Invasores fuera » : « Les envahisseurs dehors ». Le slogan est devenu l’un des marqueurs de la tension qui traverse l’enclave.

« Notre vie a complètement changé depuis le 30 et 31 juillet, » témoigne Rafael, policier municipal. « En 24/48 heures, ils nous ont envahi ! Et je ne crois pas que le gouvernement ait l’intention de résoudre le problème ! »

Les incidents et les altercations se multiplient. Aux manifestations qui dégénèrent et aux abris de fortune saccagés par des habitants s’ajoutent des agressions sexuelles dont sont victimes des femmes migrantes, commises par d’autres migrants. Dans les rues, la présence des militaires rappelle le caractère exceptionnel de la situation. Les alarmes retentissent régulièrement. Par moments, Ceuta donne l’impression d’une ville assiégée.

Des habitants viennent en aide aux migrants

Mais il y a aussi des habitants qui aident les migrants. Halima Mojtar et son association Luna Blanca préparent pour eux jusqu’à 800 repas par jour. « La peur est légitime, on la ressent tous. Mais quand on utilise le mot “envahisseur”, alors on ne donne pas seulement du crédit à ceux qui veulent déshumaniser les migrants, on légitime ceux qui les voient comme des agresseurs et des ennemis. »

Au sud de l’enclave, la frontière est désormais beaucoup plus surveillée. Mais la pression ne disparaît pas. Sur les réseaux sociaux, des appels à tenter de rejoindre Ceuta continuent régulièrement de circuler.

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