Alors que le pays connaît un automne social marqué par des tensions depuis la fin septembre, cinq grandes organisations syndicales lancent un appel à une journée d’action sans précédent en termes de mobilisation. Cette initiative, hétéroclite, témoigne des préoccupations croissantes concernant les conditions économiques et sociales, rapporte TopTribune.
Qui sont les acteurs ? L’intersyndicale expliquée
CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU : les cinq grandes organisations syndicales
L’intersyndicale regroupe les cinq principales centrales syndicales françaises : la CFDT, la CGT, Force Ouvrière (FO), l’Unsa et la FSU. Ensemble, elles représentent un nombre considérable de salariés du secteur public et privé. Cette union, inédite par son intégralité, pointe vers l’ampleur des inquiétudes économiques et sociales. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a affirmé : « La date de mobilisation est fixée au 5 novembre ». De son côté, Sophie Binet, leader de la CGT, a déclaré que « le moment est venu de dynamiser la mobilisation ; la grève doit être le prochain pas à franchir ». Une enquête récente a révélé que 61% des Français expriment leur mécontentement envers les services publics.
L’adhésion de l’enseignement privé : pourquoi c’est une première
Un tournant historique se matérialise avec l’adhésion collective de tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat. Jamais dans le passé ces quatre organisations (Fep-CFDT, SNEPL-CFTC, SNPEFP-CGT, SYNEP CFE-CGC) n’avaient appelé ensemble à une grève. Cette mobilisation concerne 17% des élèves français, soit plus de 2 millions d’enfants. L’impact redouté sur les familles, les entreprises et l’organisation du travail est considérable. Les enseignants du privé, qui ont souvent été moins actifs que leurs collègues du secteur public, manifestent désormais une réelle colère face à un écart croissant entre leurs salaires et le coût de la vie.
Quelles sont les revendications concrètes ?
Les salaires : l’écart de 1,1 point entre propositions et demandes
Les chiffres sont éloquents. Les syndicats employeurs du secteur privé doivent faire face à une proposition de revalorisation de 1,3%, soit environ 2 euros brut par mois pour les enseignants. Parallèlement, le Smic a enregistré une hausse de 2,41%, ce qui crée un fossé de 1,1 point de pourcentage, détériorant ainsi le pouvoir d’achat des concernés. Cette proposition jugée insuffisante est à l’origine d’une mobilisation sans précédent. Les demandes incluent également l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires, resté figé malgré une inflation persistante. Les syndicats appellent à une revalorisation générale des salaires, des pensions de retraite et du Smic. Leur communiqué commun déclare : « La colère est immense. La situation du pays est précaire. Il est crucial de répondre immédiatement aux urgences sociales et environnementales ».
Services publics et emploi : des enjeux économiques structurels
Au-delà des questions salariales, cette mobilisation met également en lumière la nécessité de financer les services publics. Le projet de budget pour 2027 évoque des mesures d’austérité dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des transports. Les syndicats dénoncent une détérioration des conditions de travail et une réduction des ressources affectées aux missions essentielles. Ils évoquent la nécessité d’une réforme fiscale qui passerait par une taxation des patrimoines, des héritages et des dividendes pour financer les augmentations revendiquées. L’enjeu ne se limite pas à une simple question salariale mais souligne la réflexion sur le modèle économique français et le rôle des services publics dans la croissance. L’impact sur les transports, notamment à la SNCF, pourrait perturber l’économie durant plusieurs jours.
Pourquoi cette grève maintenant ? Le contexte économique et social
L’automne social 2026 : trois semaines de mobilisation
La grève prévue le 5 novembre s’inscrit dans un contexte social particulièrement tendu. Une première journée de grève a eu lieu le 29 septembre, touchant la fonction publique. Les 17 et 24 octobre, deux journées de manifestations massives ont impliqué des Gilets jaunes et des lycéens, avec plus de 600 actions répertoriées pour le 24 sur une plateforme dédiée (455 manifestations, 85 occupations de ronds-points, 32 rassemblements en gare). L’acte III des Gilets jaunes est prévu le 31 octobre. Cette enchaînement rapide de manifestations est révélateur d’une tension sociale inédite depuis plusieurs années, et les organisations syndicales souhaitent capitaliser sur cette dynamique pour intensifier la pression sur le gouvernement.
L’impact sur 2,2 millions d’élèves et l’économie française
Avec la mobilisation du secteur de l’enseignement privé sous contrat, 2,2 millions d’élèves risquent de se retrouver sans cours le 5 novembre. Les perturbations ne se limiteront pas à l’éducation, mais toucheront également les transports (les quatre principaux syndicats de la SNCF ont appelé à la grève), la santé et d’autres domaines publics. L’impact économique d’une journée de grève généralisée serait évalué à plusieurs centaines de millions d’euros à cause de la perte de productivité, de la désorganisation logistique et de son effet sur la consommation. Les entreprises prévoient déjà des difficultés d’acheminement et d’absentéisme. Jean-Luc Mélenchon, représentant du mouvement insoumis pour la présidentielle de 2027, a même évoqué la possibilité d’une « grève générale à partir du 5 novembre », laissant envisager une possible extension du mouvement. La question centrale demeure : le gouvernement cédera-t-il face aux revendications sur les salaires et les services publics ou persistera-t-il dans sa politique budgétaire malgré la mobilisation ?
La grève du 5 novembre constitue un point de basculement. La coalition de cinq centrales syndicales et l’adhésion inédite des syndicats de l’enseignement privé soulignent une contestation qui transcende les clivages habituels. Les revendications, qui incluent un écart salarial de 1,1 point et le financement des services publics, révèlent des tensions économiques profondes. L’automne social de 2026 pourrait bien se révéler être l’un des plus marquants de la dernière décennie, ayant des répercussions durables sur le dialogue social et la politique économique en France.
