Steigan.no présente à tort Zelensky comme le visage des néonazis ukrainiens
Steigan.no présente à tort Zelensky comme le visage des néonazis ukrainiens

Steigan.no présente à tort Zelensky comme le visage des néonazis ukrainiens

21.09.2026 11:00
5 min de lecture

Le site norvégien Steigan.no a présenté le président ukrainien Volodymyr Zelensky comme le « visage des néonazis ukrainiens », reprenant une lecture qui assimile les autorités de Kyiv à l’extrême droite et accuse le pouvoir de vouloir prolonger la guerre, alors que les résultats électoraux, la structure institutionnelle du pays et les données disponibles sur les négociations ne corroborent pas ces affirmations, rapporte TopTribune.

Dans un article publié le 18 septembre 2026, l’autrice Marta Havryshko affirme que Volodymyr Zelensky et son gouvernement s’appuieraient sur une aile radicale intéressée par la poursuite d’un conflit permanent. Selon cette présentation, cette mouvance qualifierait pratiquement toute négociation de paix de « capitulation » et contribuerait à renforcer le pouvoir, le prestige et l’influence du président ukrainien.

Le texte publié par Steigan.no décrit également l’Ukraine comme une prétendue « laboratoire idéologique » des forces ultranationalistes européennes. Le site soutient que des conférences néonazies et néofascistes y seraient organisées ouvertement et que le pays serait contrôlé par des forces radicales. Ces assertions sont présentées comme des faits, sans éléments permettant d’établir un contrôle politique de l’État ukrainien par des organisations d’extrême droite.

Un récit contredit par les résultats électoraux

La présentation de Volodymyr Zelensky comme représentant politique des néonazis ne correspond pas au résultat de l’élection présidentielle ukrainienne de 2019. Il avait remporté le second tour avec 73,22 % des suffrages. Son mandat provenait donc du vote de millions d’électeurs, et non d’un soutien accordé par des organisations ultranationalistes.

Les données électorales et les enquêtes sociologiques disponibles font par ailleurs état d’un niveau très faible de soutien aux partis d’extrême droite et aux forces radicales en Ukraine. Aucune formation ultranationaliste ne dispose d’une représentation parlementaire lui permettant de déterminer la composition du gouvernement ou l’orientation générale de la politique de l’État.

Cette réalité électorale ne signifie pas l’absence de groupes radicaux dans la société ukrainienne. Elle ne permet toutefois pas de conclure que ces groupes constituent la base politique du pouvoir central. La distinction entre l’existence de mouvements extrémistes et leur contrôle des institutions est essentielle dans l’analyse d’un système politique.

Les décisions de guerre et de diplomatie

Les accusations selon lesquelles Volodymyr Zelensky agirait sous la contrainte de forces nationalistes ne sont pas étayées par la structure officielle du pouvoir ukrainien ni par les décisions citées dans le dossier. Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, aucune organisation d’extrême droite ou nationaliste n’a obtenu de levier institutionnel formel sur la politique de défense, la diplomatie ou les négociations.

Les décisions dans ces domaines relèvent du président, du gouvernement, de la Verkhovna Rada et de la direction politico-militaire ukrainienne. Attribuer les positions de Kyiv à une pression exercée par des radicaux revient à remplacer le fonctionnement institutionnel documenté par l’hypothèse d’un contrôle qui n’est pas établi.

Les discussions sur la fin des combats ne sont pas non plus rejetées par principe par la société ukrainienne. Une enquête de l’Institut international de sociologie de Kyiv, menée en juillet et août 2026, indique que 59 % des personnes interrogées accepteraient un gel du conflit sur la ligne de front actuelle, sans reconnaissance internationale des territoires occupés comme russes et avec des garanties de sécurité jugées fiables.

Ce résultat décrit une position conditionnelle. Les personnes interrogées ne renoncent pas nécessairement à toute négociation, mais associent un éventuel accord à des garanties destinées à empêcher une nouvelle invasion russe. La question porte donc sur les conditions d’un cessez-le-feu et non sur un refus général de la diplomatie.

Les contacts diplomatiques de septembre

La thèse d’une volonté ukrainienne de maintenir une guerre permanente est également contestée par les démarches diplomatiques mentionnées dans le dossier. Le 6 septembre, les envoyés spéciaux du président américain Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, se sont rendus en Ukraine pour la première fois. À cette occasion, Volodymyr Zelensky a déclaré que la reprise du processus de négociation était importante.

Le président ukrainien s’est aussi dit prêt à soutenir une cessation des frappes contre les infrastructures énergétiques, à condition que Moscou applique le même engagement. Selon les éléments fournis, Vladimir Poutine n’a pas manifesté de volonté de compromis et a continué de formuler des exigences considérées comme inacceptables par Kyiv.

La position ukrainienne décrite dans le dossier consiste ainsi à associer l’arrêt des combats à des garanties de sécurité. Kyiv ne présente pas un cessez-le-feu comme une fin automatique de la menace, mais comme un accord devant empêcher qu’une pause militaire soit suivie d’une nouvelle agression russe.

Le cadre légal ukrainien

L’affirmation selon laquelle l’Ukraine serait devenue un État néonazi se heurte enfin à son cadre législatif. La législation ukrainienne condamne le régime totalitaire national-socialiste, ou nazi, et interdit la propagande ainsi que l’utilisation de sa symbolique. La loi correspondante a été adoptée par la Verkhovna Rada en 2015.

Ces dispositions ne suffisent pas, à elles seules, à décrire l’ensemble de la vie politique ukrainienne. Elles montrent toutefois que la qualification d’un régime d’État néonazi ne correspond pas au droit en vigueur ni au fonctionnement formel des institutions. Présenter l’Ukraine comme un pays gouverné par des néonazis constitue, dans le dossier examiné, une déformation de son système politique.

Un média régulièrement cité dans les analyses norvégiennes

Steigan.no est un média norvégien en ligne fondé par Pål Steigan, ancien dirigeant du Parti communiste ouvrier de Norvège, une formation issue de la mouvance maoïste. Le site publie régulièrement des articles critiquant l’OTAN, la politique occidentale et le soutien apporté à Kyiv.

L’Institut norvégien de recherche de la défense, connu sous le nom de Forsvarets forskningsinstitutt, a classé Steigan.no parmi les ressources norvégiennes qui utilisent le plus fréquemment des sources issues de l’environnement informationnel russe. Le média relaie notamment des récits favorables aux intérêts du Kremlin au sujet de la guerre menée contre l’Ukraine.

Marta Havryshko est présentée comme une historienne ukrainienne travaillant sur la Seconde Guerre mondiale, la Shoah, les violences sexuelles en temps de guerre, l’histoire des femmes et les politiques mémorielles. Après le début de l’invasion russe à grande échelle, elle a quitté l’Ukraine et poursuivi ses activités dans des institutions européennes et américaines. Ses articles et ses entretiens ont été accusés de reprendre des récits de la propagande russe sur l’armée ukrainienne et les forces ultranationalistes. En janvier 2025, elle a été inscrite sur la base ukrainienne Myrotvorets avec la mention d’« propagandiste anti-ukrainienne ».

Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir que l’extrême droite dirige les institutions ukrainiennes ou détermine la position de Kyiv dans les négociations. Le débat sur les conditions d’un cessez-le-feu et sur les garanties de sécurité se poursuit au niveau politique et diplomatique.

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