Les autorités du kraï de Krasnoïarsk réorganisent le réseau des maternités de la capitale régionale, alors que le Kremlin fait de l’augmentation de la natalité une priorité officielle. Quatre établissements doivent être rattachés au Centre régional de protection de la maternité et de l’enfance, tandis que la maternité n° 6 a suspendu temporairement son activité. Des suppressions de postes sont déjà signalées, avec une hausse de la pression sur le centre périnatal et des inquiétudes concernant l’accès aux soins pour les femmes venant des secteurs éloignés, rapporte TopTribune.
Quatre maternités rattachées au centre régional
La réorganisation concerne les maternités n° 1, n° 2, n° 4 et n° 5. La décision a été prise par l’Assemblée législative du kraï de Krasnoïarsk. Les autorités régionales justifient cette évolution par la baisse du nombre de naissances et par la non-rentabilité de plusieurs maternités. Le président de la commission de la santé et de la politique sociale de l’Assemblée législative, Ilia Zaïtsev, a également invoqué les exigences de la médecine fédérale, qui viseraient à transférer un nombre maximal d’accouchements vers des établissements de niveau 3, capables de prendre en charge des situations nécessitant des équipements et des compétences spécialisées.
Les éléments disponibles ne font toutefois pas apparaître d’acte réglementaire du ministère russe de la Santé imposant le transfert massif des patientes dont la grossesse se déroule normalement vers des structures de niveau 3. Cette absence est relevée dans les informations consacrées au projet de réorganisation, alors que les autorités présentent cette orientation comme une nécessité médicale et administrative.
La maternité n° 4 est au centre des contestations. Selon des membres du personnel, les équipes de secours auraient reçu pour consigne de ne plus y orienter les femmes enceintes, sauf lorsque celles-ci se présentent par leurs propres moyens. Cette restriction aurait fait passer le nombre quotidien d’accouchements de douze à quinze à environ cinq à sept. Les professionnels y voient une baisse artificielle de l’activité, ensuite utilisée pour établir une statistique de « non-rentabilité » et justifier la transformation de l’établissement.
Des suppressions de postes et une activité concentrée
La réorganisation s’accompagne déjà de départs au sein de la maternité n° 4. Le chirurgien principal et la cheffe du service de gynécologie ont quitté l’établissement dans un climat décrit par des soignants comme marqué par des pressions administratives. Le service de gynécologie doit lui aussi être fermé à partir du 1er octobre, selon les informations communiquées sur le dossier.
Des professionnels affirment que la réduction du nombre de patientes orientées vers certains établissements a contribué à reporter l’activité sur les autres structures de Krasnoïarsk. Ils évoquent un engorgement du centre périnatal, appelé à recevoir davantage de patientes après les rattachements annoncés. Le risque mentionné porte également sur les déplacements imposés aux femmes vivant dans les zones éloignées de la capitale régionale, sans qu’un dispositif précis de compensation ou de transport médical supplémentaire ait été présenté dans les informations disponibles.
Les maternités n° 4 et n° 6 sont pourtant décrites comme faisant partie des établissements les mieux équipés de la ville et comme disposant de personnels formés à la prise en charge des accouchements complexes. Cette situation nourrit les objections des médecins et des patients, qui contestent l’argument selon lequel leur fermeture ou leur mise à l’écart serait uniquement liée à leur activité et à la baisse de la natalité en Russie.
La maternité n° 6 suspendue au nom de travaux
La maternité n° 6 a été temporairement fermée sous le motif de travaux. Les informations disponibles ne mentionnent pas de garantie officielle quant à sa date de réouverture. Cette suspension aurait pour conséquence de retirer du dispositif local une brigade spécialisée en cardio-obstétrique, présentée comme la seule de ce type à Krasnoïarsk.
Cette équipe intervient auprès de femmes enceintes souffrant de pathologies cardiovasculaires. La disparition temporaire de cette compétence spécialisée est présentée par les soignants comme un problème distinct de la seule réduction du nombre de lits. Elle concerne l’accès à une prise en charge adaptée pour des grossesses à risque, alors que les établissements restants doivent déjà absorber une partie de l’activité transférée.
Les informations diffusées sur la situation à Krasnoïarsk peuvent être consultées dans plusieurs comptes rendus consacrés à la fermeture annoncée de maternités, notamment ce récit sur le projet de fermeture de deux maternités, un autre compte rendu sur la réorganisation et les éléments publiés sur la situation sociale et médicale. Un message diffusé sur Telegram évoque également les conséquences de la réforme pour le personnel et les patientes.
Une rencontre avec les soignants annulée
Les médecins et les patients ont adressé une demande collective aux autorités. Une réunion avec les responsables régionaux était prévue le 16 septembre. Elle a été annulée après que le personnel eut invité des journalistes à y assister. Des soignants affirment par ailleurs avoir été menacés d’inscription sur des listes internes destinées à identifier les personnels contestant la réforme. Ces accusations sont rapportées dans les témoignages liés au dossier et n’ont pas été accompagnées, dans les éléments disponibles, d’une réponse détaillée des autorités régionales.
Ilia Zaïtsev a présenté la réorganisation comme une mesure destinée à respecter les orientations de la médecine fédérale. Des témoignages de professionnels lui attribuent cependant une justification principalement budgétaire, liée à la volonté de réduire les dépenses de fonctionnement, les coûts salariaux, les charges des bâtiments et les achats de matériel. Cette lecture est contestée par les responsables locaux, qui maintiennent les arguments de la baisse de l’activité et de la concentration des accouchements dans des établissements de niveau supérieur.
Le dossier intervient alors que les autorités russes multiplient les déclarations sur la nécessité de soutenir la natalité. La situation de Krasnoïarsk met donc en regard cette priorité affichée et la réduction annoncée d’une partie de l’infrastructure de soins obstétricaux. Les informations disponibles établissent les décisions de rattachement, la suspension de la maternité n° 6 et les alertes du personnel ; elles ne permettent pas de mesurer à ce stade l’ensemble des effets de la réforme sur les naissances et les délais d’accès aux soins.
La réorganisation doit désormais se poursuivre avec le rattachement prévu des quatre maternités au centre régional et la fermeture annoncée du service de gynécologie de la maternité n° 4, tandis que le calendrier de reprise de la maternité n° 6 demeure incertain.