Les États-Unis imposent une interdiction sur les importations de certains alcools, produits laitiers et motos en provenance du Canada.

Les États-Unis imposent une interdiction sur les importations de certains alcools, produits laitiers et motos en provenance du Canada.

13.09.2026 07:46
3 min de lecture

Le 8 septembre 2026, Donald Trump a officialisé une suite de décrets présidentiels accusant le Canada de nuire au commerce américain. En conséquence, les États-Unis instaurent une interdiction d’importer des spiritueux, divers produits laitiers et des motos canadiennes, une mesure qui prendra effet le 29 septembre 2026, rapporte TopTribune.

Les produits qui seront complètement prohibés incluent certains produits laitiers, tels que le lactosérum et la mélasse de canne, ainsi que la bière non alcoolisée et de nombreux types de vins. Par ailleurs, les motos et cyclomoteurs sont également concernés par cette décision. D’autres produits canadiens, comme les fromages, les peaux brutes, le papier, et divers types de meubles ainsi que l’aluminium, seront soumis à des droits de douane élevés plutôt qu’à une interdiction totale.

En termes économiques, ces échanges restent modestes dans le cadre du commerce bilatéral. Selon des données de l’ONU, le Canada a réalisé en 2025 pour environ 687 millions de dollars US de ventes de spiritueux aux États-Unis, 269 millions de dollars US en produits laitiers, et 90 millions de dollars US pour les motos.

Le Canada a rapidement réagi

Cette annonce américaine fait suite à l’application, dans la même journée, de tarifs de rétorsion canadiens sur les produits en provenance des États-Unis. Le Premier ministre Mark Carney a annoncé l’imposition de droits sur des articles comme l’acier, les vêtements et les meubles américains, mais également un tarif de 50 % sur des ingrédients laitiers tels que le lactosérum et la caséine, ainsi qu’un droit de 25 % sur les fromages importés.

Dominic LeBlanc, ministre du Commerce canadien, a déclaré que les mesures américaines étaient injustifiées et que le Canada prioriserait le renforcement de son économie interne et la diversification de ses partenariats commerciaux. Dans une allocution vidéo, Carney a noté que bien que la réponse canadienne entraînerait des coûts, ceux-ci seraient inférieurs à ceux engendrés par l’inaction.

Depuis l’échec des négociations à la fin d’août 2026, aucune nouvelle session n’a été planifiée. Ces sanctions interviennent après que Washington a déjà appliqué des droits de 50 % sur près de 20 milliards de dollars US de marchandises canadiennes, affectant particulièrement le secteur du meuble et du vin.

L’impact économique jugé « modeste »

Stephen Brown, économiste en chef chez Capital Economics pour l’Amérique du Nord, considère que cette interdiction n’affecte qu’environ 0,25 % des exportations canadiennes vers les États-Unis. Il estime que la décision de Trump de bloquer certaines importations représente davantage un signal politique, montrant l’intention de créer des désagréments économiques plutôt que de générer des revenus.

Deborah Elms, de la Hinrich Foundation, évalue l’impact global à environ un milliard de dollars US en marchandises, mais souligne que l’effet pourrait être plus significatif pour les entreprises canadiennes directement dépendantes du marché américain. Interrogée par la BBC, elle a fait part de son inquiétude sur la possibilité de relancer des discussions, notant que le ton des déclarations actuelles complique la situation.

Scott French, maître de conférences en économie à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, indique que les restrictions touchent des industries essentielles au Canada, notamment le secteur laitier. Il a averti que cette guerre commerciale pourrait s’avérer coûteuse pour toutes les parties, les consommateurs des deux pays étant les principaux perdants.

Le système laitier canadien sous les projecteurs

Trump justifie cette décision par le système de gestion de l’offre au Canada, qui contrôle les importations et fixent les prix locaux pour protéger les producteurs laitiers canadiens. Dans ses publications sur Truth Social, il a évoqué un « Canadian Trade Scam ».

Cependant, les chiffres du Département de l’Agriculture américain (USDA) montrent une exportation américaine de produits laitiers vers le Canada, atteignant environ 1,31 milliard de dollars en 2025, contre 432 millions dans le sens inverse, indiquant un excédent commercial américain de près de 880 millions de dollars.

Division parmi les producteurs américains

Tim Gibbons, directeur de la National Family Farm Coalition, a affirmé que les agriculteurs américains se trouvent dans un système désavantageux, produisant peu de bénéfices par rapport aux producteurs canadiens protégés par leur réglementation. Darin Von Ruden, président du Wisconsin Farmers Union, a averti que les interruptions de marché profitent souvent aux intermédiaires plutôt qu’aux agriculteurs, ce qui risque de faire chuter les prix pour ces derniers et de hausser les coûts pour les consommateurs.

La représentante démocrate Suzan DelBene a condamné l’escalade économique, soulignant que cela nuirait inéluctablement aux fermiers et aux petites entreprises américaines. En revanche, la vice-présidente exécutive de la National Milk Producers Federation, Shawna Morris, a critiqué le Canada pour avoir privilégié la réaction à la négociation, incitant Ottawa à réformer l’accès au marché laitier.

Dans le Wisconsin, premier État laitier des États-Unis, le nombre de fermiers a chuté d’environ 43 000 en 1990 à moins de 5 000 en 2026.

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