Cinquante ans après la mort de Mao Zedong, la Chine a subi une transformation radicale, devenant une puissance industrielle et commerciale de première importance. Bien qu’elle se soit ouverte aux capitaux, aux échanges et aux déplacements, cette ouverture ne s’étend pas à la politique. Sous la direction de Xi Jinping, le contrôle du Parti sur l’information et le débat public s’est intensifié, rapporte TopTribune.
L’atelier du monde
La Chine d’aujourd’hui est bien éloignée de celle qu’a dirigée Mao Zedong, qui est décédé le 9 septembre 1976. À l’époque, « La Dépêche » qualifiait cet événement de « fin de la plus longue marche ». Depuis, l’économie largement fermée et rurale s’est métamorphosée en la deuxième puissance économique mondiale et le premier exportateur de marchandises. En 2025, le PIB chinois a dépassé 140 000 milliards de yuans, avec près de 800 millions de personnes sorties de l’extrême pauvreté depuis le lancement des réformes dans les années 1970, selon la Banque mondiale.
Cette transformation est visible dans le paysage même du pays. À la fin de l’ère Mao, moins d’un Chinois sur cinq vivait en ville ; aujourd’hui, ils sont plus des deux tiers. L’industrialisation rapide a fait de la Chine « l’atelier du monde », la hissant au premier plan dans les domaines des véhicules électriques, de l’électronique et des technologies avancées, y compris l’intelligence artificielle. Le pays représente désormais près de 30 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale.
Ouverture économique, pas politique
Cette métamorphose repose sur une ouverture que la Chine maoïste n’aurait jamais pu envisager. Le commerce international, les investissements étrangers, les étudiants partant à l’étranger, le tourisme et les investissements chinois à l’international ont inséré le pays au cœur de la mondialisation. Depuis 1978, des millions de jeunes Chinois ont étudié à l’étranger, tandis que les capitaux étrangers affluaient vers les usines chinoises.
Cependant, cette ouverture économique n’a jamais été accompagnée d’un équivalent politique. Après une brève période de débat public pendant les réformes, celle-ci a été rapidement refermée lorsque le pouvoir s’est senti menacé. Sous Xi Jinping, qui a pris la tête du Parti en 2012, le contrôle idéologique s’est accentué. Les principaux médias continuent d’être contrôlés, et Internet est filtré par le « Grand Pare-feu », tandis que toute critique du pouvoir fait face à la censure. Mentionner les manifestations de Tian’anmen de juin 1989 demeure un sujet interdit.
Ce contrôle affecte également la mémoire collective. À Rasai, par exemple, des références à la Révolution culturelle ont été effacées sur les panneaux d’un musée. Les événements tels que le Grand Bond en avant, qui ont causé des dizaines de millions de morts par famine, sont officiellement étiquetés comme des « erreurs ». Mao reste omniprésent, que ce soit sur les billets de banque, au-dessus de la place Tian’anmen, ou dans la culture autorisée.
À Nanjie, une immense statue blanche de Mao surplombe encore la place « l’Orient est rouge ». Ce village, présenté comme le dernier bastion maoïste, conserve une organisation collectiviste et attire les curieux. À Rasai et ailleurs, certains Chinois expriment une admiration pour Mao et regrettent une époque associée à une plus grande égalité.
Les frustrations de la Chine contemporaine
Ce phénomène s’appuie sur les frustrations croissantes des Chinois contemporains, telles que le ralentissement économique, le coût accru de la compétition scolaire, l’accès difficile à l’emploi, et un fort sentiment d’inégalités. Plus la mémoire directe des années Mao s’amenuise, plus une version réinventée de cette époque peut émerger, allégée de ses catastrophes.
Cinquante ans après sa mort, Mao représente ainsi une continuité étrange. La Chine a abandonné son économie collectiviste pour embrasser le commerce libre, mais elle n’a jamais renoncé à son principe politique dominant : le Parti détermine les limites du récit collectif.