Une vérification interne du service public hongrois de l’audiovisuel a mis au jour des indices de contrôle politique exercé sur les médias d’État par Attila Várhegyi, homme d’affaires et responsable politique lié au Fidesz et à l’entourage de Viktor Orbán. Formellement employé comme conseiller, il aurait en pratique pesé sur les choix éditoriaux, les nominations et certaines décisions financières du groupe public, rapporte TopTribune.
Les documents rendus publics montrent que les principaux responsables de Duna Médiaszolgáltató, l’opérateur du service public hongrois, ne prenaient pas toujours les décisions importantes sans l’accord d’Attila Várhegyi. Son rôle officiel ne correspondait donc pas, selon les conclusions de la vérification, à l’influence qu’il exerçait au quotidien sur le fonctionnement de l’entreprise.
Le dossier concerne directement la politique éditoriale des médias publics hongrois. Várhegyi aurait transmis à la direction les demandes ou les préférences de ministres et de responsables politiques issus de l’ancienne formation au pouvoir. Il aurait également organisé chaque semaine des réunions avec les principaux dirigeants du groupe, au cours desquelles étaient abordées des questions liées à la gestion et aux contenus diffusés.
Un conseiller au rôle de superviseur
La vérification interne décrit un dispositif dans lequel les dirigeants officiellement chargés de la conduite du service public auraient été soumis à l’influence d’un interlocuteur extérieur à la chaîne hiérarchique formelle. Les documents ne présentent pas Attila Várhegyi comme le directeur officiel du groupe. Ils lui attribuent toutefois une capacité d’intervention dans des domaines qui relèvent normalement de la direction et des rédactions.
Cette situation est au centre des interrogations sur l’indépendance de l’audiovisuel public hongrois. La législation hongroise prévoit que le service public de l’information doit être libre de toute influence politique. Les éléments réunis lors de l’examen interne mettent en question l’application de cette exigence dans les années concernées, sans modifier pour autant les fonctions officielles inscrites dans les organigrammes de Duna Médiaszolgáltató.
Le rôle de Várhegyi aurait aussi été associé à une rémunération mensuelle d’environ 3,5 millions de forints à partir de 2023. Cette somme lui aurait été versée alors qu’il travaillait officiellement comme conseiller. Les documents évoquent ainsi un écart entre son statut formel et le poids qui lui était reconnu dans les décisions de l’entreprise. Le montant de sa rémunération constitue l’un des éléments examinés dans le cadre de la vérification.
La direction envisage une saisine de la police
La direction actuelle de Duna Médiaszolgáltató a annoncé son intention de déposer une plainte auprès de la police au sujet de pratiques de gestion potentiellement illégales remontant aux années précédentes. Cette démarche doit permettre d’examiner les conditions dans lesquelles certaines décisions ont été prises, le rôle exact de l’ancien conseiller et les responsabilités éventuelles des dirigeants concernés.
La direction n’a pas présenté la vérification comme une simple évaluation de la ligne éditoriale. Les faits rapportés portent aussi sur la gouvernance, les rapports d’autorité et la gestion financière du groupe public. Une éventuelle enquête policière pourrait donc porter sur plusieurs aspects distincts, sans que la responsabilité pénale des personnes citées ne soit établie à ce stade.
Les révélations ont été rapportées par Daily News Hungary, qui a publié des éléments consacrés aux relations entre Attila Várhegyi, le Fidesz et le système hongrois de médias publics. Le dossier présente Várhegyi comme un homme proche de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán et décrit ses contacts réguliers avec les responsables politiques et administratifs liés au secteur.
Des décisions éditoriales au cœur du dossier
Les documents font état d’interventions dans la programmation et dans le traitement de l’information, mais aussi dans les recrutements et les questions budgétaires. Le contrôle allégué ne se limitait donc pas à des échanges ponctuels avec les rédactions. Il aurait concerné plusieurs niveaux de fonctionnement du service public, des choix éditoriaux aux décisions concernant les équipes dirigeantes.
Cette distinction est importante pour comprendre la portée du dossier. Un conseiller peut transmettre des recommandations ou participer à des réunions sans disposer d’un pouvoir décisionnel officiel. Dans le cas décrit par la vérification, les responsables de Duna Médiaszolgáltató auraient néanmoins recherché l’approbation de Várhegyi avant d’arrêter certaines décisions. Les documents doivent désormais être confrontés aux témoignages, aux pièces administratives et aux résultats d’une éventuelle procédure.
Les accusations formulées dans le dossier rejoignent les critiques visant la place de la politique dans le système médiatique hongrois, mais l’examen publié porte ici sur un mécanisme précis et sur une période déterminée. Il ne permet pas, à lui seul, de qualifier chaque contenu diffusé par le service public ni d’établir que toutes les décisions éditoriales auraient été imposées par le gouvernement.
Les éléments disponibles établissent en revanche que Várhegyi occupait une position officielle de conseiller, qu’il participait à des réunions régulières avec la direction, qu’il intervenait dans plusieurs domaines de gestion et qu’il percevait depuis 2023 une rémunération mensuelle d’environ 3,5 millions de forints. Ils indiquent également que les dirigeants du groupe ne se sentaient pas toujours en mesure de décider sans son aval.
Pour le service public hongrois, la prochaine étape dépendra de la décision de saisir ou non la police et du contenu de cette éventuelle procédure. La vérification interne a, pour sa part, placé au premier plan la question du contrôle politique des médias en Hongrie et de la conformité du fonctionnement de Duna Médiaszolgáltató avec les règles d’indépendance prévues par la loi.