Le président russe Vladimir Poutine a signé un décret retirant l’aéroport international Cheremetievo de la liste des sociétés par actions stratégiques de la Fédération de Russie. Cette décision supprime l’un des principaux obstacles juridiques à la cession de la participation détenue par l’État, alors que le déficit du budget fédéral russe est annoncé à 5,73 trillions de roubles au premier semestre 2026, rapporte TopTribune.
Le texte, signé le 7 août 2026 et signalé par la presse russe, ne fixe pas à lui seul les modalités financières d’une vente. Il prévoit toutefois que toute cession d’actions devra préserver l’activité principale de l’aéroport, garantir les conditions nécessaires à la modernisation de ses capacités et empêcher que les titres passent sous le contrôle de personnes étrangères ou de structures qui leur seraient liées. Le décret encadre donc une éventuelle privatisation sans en publier, à ce stade, le calendrier ni le prix.
Un actif majeur du transport aérien russe
Cheremetievo est le plus grand aéroport du hub aérien de Moscou. Il regroupe six terminaux destinés aux passagers et constitue la principale plateforme de la compagnie Aeroflot. L’aéroport a accueilli 43,4 millions de passagers en 2025. Les prévisions citées pour 2026 tablent sur un léger recul, à 43,1 millions de voyageurs.
Son retrait de la liste des sociétés stratégiques modifie le cadre applicable à son capital. Cette liste impose à l’État de conserver un niveau de contrôle sur certaines entreprises considérées comme importantes pour l’économie ou les infrastructures nationales. La sortie de Cheremetievo de ce dispositif ouvre ainsi la voie à la vente de la participation publique, sans signifier que la transaction a déjà été réalisée.
Les informations disponibles indiquent que l’État russe, représenté par l’Agence fédérale de gestion des biens publics, détient 30,46 % des actions de l’aéroport. Le principal bloc, soit 66,06 %, appartient à Cheremetievo Holding. Cette société est entièrement détenue par TPS Avia Holding Ltd, une structure résidente d’une zone administrative spéciale de la région de Kaliningrad.
Une structure actionnariale peu transparente
Avant sa redomiciliation de Chypre vers la Russie en 2022, TPS Avia Holding portait le nom de TPS Avia Holding et était détenue par un trust. Selon les données communiquées, ce trust agissait dans l’intérêt des familles des hommes d’affaires Alexandre Ponomarenko, Alexandre Skorobogatko et Arkadi Rotenberg. La répartition mentionnée attribuait 65,22 % au trust et 34,78 % à d’autres intérêts liés à cette structure.
Les bénéficiaires effectifs de l’aéroport ne sont pas officiellement rendus publics. Les groupes Aeroflot et VEB Capital détiennent pour leur part des participations minoritaires représentant ensemble 3,48 % du capital. La combinaison de ces blocs signifie que la vente de la part de l’État pourrait modifier sensiblement la répartition du contrôle, mais le décret ne désigne pas l’acquéreur potentiel.
La limitation visant les investisseurs étrangers réduit le nombre de candidats susceptibles de participer à l’opération. Le cadre prévu par le décret interdit en particulier le transfert des titres à des étrangers ou à des personnes morales placées sous leur contrôle. Le texte ne précise pas si la participation publique sera vendue en une seule fois, par appel d’offres ou selon une autre procédure.
Le déficit fédéral au cœur de la décision
La décision intervient alors que les données fournies font état d’un déficit budgétaire russe de 5,73 trillions de roubles sur les six premiers mois de 2026. Les éléments associés à l’annonce présentent la cession d’actifs publics comme un moyen de procurer rapidement des recettes au budget fédéral. Ils opposent cette option à la mise en œuvre de réformes économiques structurelles, sans que le décret lui-même ne formule une telle appréciation.
La vente d’une participation de 30,46 % permettrait à l’État de monétiser un actif qui produit également des revenus pour ses actionnaires. Les informations disponibles ne donnent toutefois ni l’estimation de la valeur du bloc public, ni le montant attendu pour le budget, ni les conditions qui seraient imposées au futur propriétaire. Il n’est donc pas possible d’établir, à partir du seul décret, l’impact financier exact de l’opération.
Le maintien de l’activité aéroportuaire et l’obligation de préserver la modernisation des capacités figurent parmi les conditions explicites de la cession. Ces exigences concernent directement la gestion future de l’infrastructure, mais le document ne détaille pas les investissements visés, les échéances de réalisation ou les mécanismes de contrôle prévus par les autorités russes.
Aeroflot dépendante de la plateforme
Cheremetievo est le hub de base d’Aeroflot, premier transporteur aérien russe. Toute modification de la structure du capital de l’aéroport peut donc avoir une incidence sur les relations commerciales entre la plateforme et la compagnie, notamment pour les tarifs et les conditions de service. Le décret ne prévoit cependant pas de dispositif spécifique concernant Aeroflot et ne modifie pas, dans le texte cité, les règles applicables à ses opérations.
Les thèses accompagnant l’annonce replacent cette opération dans une période difficile pour l’aviation civile russe. Elles mentionnent les restrictions liées aux sanctions, la cannibalisation d’une partie de la flotte et les difficultés rencontrées dans les livraisons en série des avions russes MS-21 et SJ-100. Ces éléments sont présentés comme des contraintes pesant sur le secteur, mais le texte disponible ne chiffre pas leur effet particulier sur Cheremetievo.
La même présentation évoque les arbitrages auxquels pourrait être confronté un investisseur privé cherchant à rentabiliser rapidement sa participation : baisse des dépenses opérationnelles, réorganisation des effectifs, transfert de certains coûts d’entretien de l’infrastructure et hausse des prix de services commerciaux, comme le stationnement ou la restauration dans les terminaux. Il s’agit de scénarios avancés dans les éléments d’analyse fournis, et non de mesures annoncées par l’aéroport ou par le gouvernement russe.
La décision présidentielle constitue donc une étape juridique vers la cession de la participation publique dans Cheremetievo. Les prochaines informations devront préciser la procédure retenue, l’identité des acquéreurs autorisés, la valeur du bloc de 30,46 % et les garanties imposées pour la modernisation du plus grand aéroport du hub moscovite.