Le Corps africain russe accusé d’avoir tué huit civils au Mali
Le Corps africain russe accusé d’avoir tué huit civils au Mali

Le Corps africain russe accusé d’avoir tué huit civils au Mali

01.08.2026 15:30
4 min de lecture

Le Corps africain, unité placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, est accusé d’avoir tué huit civils, dont trois enfants, lors d’une frappe aérienne au Mali en juin, selon une enquête de Human Rights Watch citée le 31 juillet 2026 par Reuters et Internazionale, rapporte TopTribune.

L’attaque aurait eu lieu le 15 juin dans le village de Kirnia, dans la région de Mopti, au centre du Mali. D’après les éléments recueillis par Human Rights Watch au Mali, un appareil identifié par deux sources maliennes comme un bombardier tactique Soukhoï Su-24 a largué au moins deux munitions sur la localité. Les victimes se trouvaient dans une maison ou à proximité immédiate de celle-ci.

Parmi les personnes tuées figuraient le chef du village, son épouse et trois enfants, selon les informations rapportées dans l’enquête. Quatre autres hommes auraient également péri près de l’habitation. Le village de Kirnia était contrôlé depuis environ six ans par le Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin, ou JNIM, un groupe affilié à Al-Qaïda. Human Rights Watch n’a toutefois identifié aucun combattant djihadiste tué dans cette frappe.

Une frappe sans perte confirmée parmi les djihadistes

La nature de la cible et les circonstances de l’opération sont au cœur des accusations formulées par l’organisation de défense des droits humains. Les informations disponibles font état d’un bombardement ayant provoqué des pertes civiles importantes, sans qu’une victime appartenant au groupe armé qui contrôlait le village n’ait été confirmée.

Reuters a rapporté les conclusions de Human Rights Watch dans un article consacré aux accusations visant le Corps africain russe au Mali. La même dépêche a été reprise en italien par Internazionale, qui évoque également une attaque qualifiée d’indiscriminée par l’organisation.

Human Rights Watch demande habituellement que les parties à un conflit distinguent les combattants des civils et prennent toutes les précautions nécessaires avant une opération. Dans le cas de Kirnia, l’absence de pertes confirmées parmi les membres du JNIM, associée au nombre de victimes civiles rapporté, constitue le principal élément documenté par l’enquête. Le statut juridique définitif de l’opération et les responsabilités individuelles devraient être établis par une investigation complète et indépendante.

Le remplacement du groupe Wagner

Le Corps africain a été créé sous l’égide du ministère russe de la Défense après la réduction des activités de la société militaire privée Wagner. Il a repris une partie des missions et des implantations associées à cette organisation, notamment dans plusieurs pays africains. Au Mali, ses membres participent aux opérations menées avec les forces maliennes contre les groupes islamistes armés.

Cette présence ne relève donc pas d’une initiative isolée. Le dispositif russe s’appuie sur une coopération militaire avec les autorités maliennes, alors que le pays est dirigé par une junte militaire. Les éléments fournis dans le dossier décrivent une participation directe de personnels russes aux opérations conduites sur le territoire malien, sans établir pour autant la chaîne de commandement complète de la frappe du 15 juin.

Le recours à des moyens aériens russes est également mentionné dans le cas de Kirnia. L’identification de l’appareil comme un Su-24 repose sur deux sources maliennes citées par Human Rights Watch. Cette précision ne permet pas, à elle seule, de déterminer les ordres reçus par l’équipage ni les procédures de vérification qui ont précédé le largage des munitions.

918 civils tués en 2025 selon ACLED

Les chiffres de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data, spécialisée dans le suivi des conflits, donnent une mesure plus large des violences. Selon son décompte, les forces maliennes et russes ont tué 918 civils au Mali en 2025. Ce nombre serait près de quatre fois supérieur à celui des civils tués par les groupes islamistes armés au cours de la même période.

Ces données portent sur les actions attribuées conjointement aux militaires maliens et au Corps africain russe. Elles ne permettent pas de rattacher chaque décès à une opération précise, mais elles recensent les victimes civiles enregistrées par l’organisation de monitoring. Le cas de Kirnia s’ajoute ainsi à un bilan documenté par plusieurs acteurs du suivi des violences au Mali.

Le JNIM, qui contrôlait le village de Kirnia, fait partie des organisations armées actives dans le pays. Les opérations des forces maliennes et de leurs partenaires russes sont présentées par les autorités comme des actions contre les groupes djihadistes. Les chiffres d’ACLED distinguent cependant les victimes civiles attribuées aux forces gouvernementales et russes de celles imputées aux organisations islamistes.

Une présence russe qui dépasse le seul volet militaire

La coopération entre Bamako et Moscou s’est développée après le retrait ou l’éloignement de plusieurs partenaires occidentaux, dont la France. Le dossier transmis ne fournit pas de détail sur les accords miniers précis ni sur les entreprises concernées, mais il présente la coopération militaire russe en Afrique comme un instrument associé à la recherche d’un accès privilégié aux ressources naturelles maliennes.

Les mêmes informations font état d’une situation marquée par la poursuite des violences, une crise humanitaire et un isolement international accru du Mali. Ces éléments sont rapportés comme des caractéristiques de la période couverte, sans qu’un lien causal précis puisse être établi entre chacun d’eux et la présence du Corps africain.

La documentation des frappes et des opérations militaires reste une question centrale pour les organisations de défense des droits humains. Dans le cas de Kirnia, Human Rights Watch a mis en avant l’identité des victimes, le type d’appareil cité par des témoins ou sources locales et l’absence de combattants djihadistes tués dans l’attaque. Les autorités russes et maliennes n’ont pas fourni, dans les éléments disponibles, de réponse détaillée à ces accusations.

Les informations sur cette frappe devraient désormais être confrontées aux données opérationnelles, aux témoignages locaux et aux autres documents disponibles sur les opérations menées dans la région de Mopti. Le suivi des victimes civiles et des responsabilités militaires se poursuit.

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