Angeac-Charente : le site paléontologique exceptionnel attire l'attention sur les découvertes de fossiles de dinosaures

Angeac-Charente : le site paléontologique exceptionnel attire l’attention sur les découvertes de fossiles de dinosaures

01.08.2026 18:46
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«Ronan, je pense que c’est l’os du crâne !» Moins de trente minutes après avoir atteint le site paléontologique d’Angeac-Charente, près de Cognac et Angoulême, une potentielle nouvelle découverte a été signalée par un fouilleur. Jean Goedert, un paléontologue de 35 ans, a alerté le responsable scientifique du site, Ronan Allain, du Muséum national d’Histoire naturelle, sur un os qu’il soupçonne d’être le crâne d’un camarasaure, un dinosaure herbivore pesant plus de 20 tonnes et mesurant 20 mètres de long, qui a vécu il y a 140 millions d’années, rapporte TopTribune.

Les fouilles menées dans la zone où les premiers restes d’un camarasaure ont été découverts en 2024 ont permis de faire cette nouvelle alerte. «Nous sommes tombés sur cet os ce matin,» explique Jean Goedert. «Il a fallu du temps pour bien le détourer et réaliser qu’il s’agit d’un os complet et intact.» Ce fait est crucial, car dans cette région se trouvent également les restes fossilisés d’un autre sauropode, le turiasaure. «Chaque fois qu’un os est trouvé, il faut déterminer à quel animal il appartient,» poursuit Ronan Allain, en souriant.

Des restes de turiasaure au même endroit

La prochaine étape consistera à extraire l’os, précise Jean Goedert. Cela necessitera un travail préparatoire minutieux : nettoyage de l’argile, séchage du fossile et consolidation jusqu’à ce qu’il puisse être manipulé. «Il est important de le protéger, car le retrait de l’argile peut le fragiliser,» ajoute-t-il. Souvent, une enveloppe de plâtre est utilisée pour protéger les fossiles pendant l’extraction.

«Angeac vient combler un vide scientifique»

Ronan Allain, lui-même, souligne que la découverte des premiers restes de camarasaure était «complètement inattendue» il y a deux ans. «Cet animal est connu pour avoir vécu au jurassique, mais nous ne l’avions jamais identifié durant le crétacé, ce qui modifie notre compréhension des dinosaures,» indique-t-il. Cela reflète un changement significatif dans la recherche paléontologique.

Laurent Crépin, conservateur au musée d’Angoulême, renchérit : «Angeac est unique, car il soulève d’importantes questions au sein de la communauté scientifique concernant cette période charnière. Alors que la transition de la faune entre la fin du jurassique et le début du crétacé est acceptée, les résultats d’Angeac indiquent que beaucoup d’espèces sont similaires à celles de la fin du jurassique. Cela suggère que la crise biologique de cette époque pourrait avoir été moins marquée qu’initialement pensé.»

«Près de 60 os par mètre cube»

Depuis le début de son exploitation en 2010, le site d’Angeac-Charente s’est établi comme l’un des plus productifs au monde pour cette période, avec plus de 16.000 fossiles mis au jour. «Nous obtenons près de 60 os par mètre cube d’argile excavée, allant de petites dents à des fémurs mesurant plus de deux mètres,» s’exclame Ronan Allain. Ce lieu est une véritable mine d’or en termes de diversité, avec plus de 40 espèces différentes retrouvées, des empreintes de pas et des vestiges végétaux, ce qui le place parmi les sites les plus riches du monde.

Outre les grands dinosaures herbivores, le site abrite une variété d’autres espèces, allant de la taille d’un poulet à celle d’un éléphant, y compris des stégosaures et des dinosaures à bec de canard. «Nous avons une gamme variée d’animaux plus petits : oiseaux, amphibiens, reptiles, crocodiles, tortues et poissons,» précise Laurent Crépin.

Les premiers fossiles avaient été découverts en 2008 par les propriétaires d’une carrière de sable. Après une découverte fortuite de vertèbres, les scientifiques ont été appelés pour étudier le site, et depuis lors, les fouilles ont été systématiques, couvrant environ 1.200 m².

L’ornithomimosaure, la «mascotte» du site

Une particularité du site d’Angeac est la conservation exceptionnelle des fossiles, permettant aux scientifiques de reconstituer l’environnement d’il y a 140 millions d’années, un marais entouré de conifères. «Il y avait des saisons sèches avec des incendies et des saisons humides où le niveau des marécages montait,» détaille Laurent Crépin. Ce cycle saisonnier a piégé de nombreux animaux, notamment les sauropodes, dans les argiles.

Parmi les découvertes figurent de nombreux restes d’ornithomimosaure, ou «dinosaure-autruche», qui est devenu le symbole d’Angeac-Charente. «Cette espèce est la plus fréquente parmi celles découvertes ici, avec plus de 4.000 restes et 75 individus répertoriés,» conclut Laurent Crépin.

«Encore là pour une vingtaine d’années»

Les fouilles posent la question de leur durée. Ronan Allain se souvient : «Au début, j’anticipais que cela prendrait entre quinze et vingt ans. Cela fait maintenant dix-sept ans et je pense que nous avons encore une vingtaine d’années devant nous.» Le paléontologue espère toujours découvrir un dinosaure carnivore. «Bien que nous avons trouvé plusieurs dents de carnivores, les restes osseux restent à découvrir.»

Cependant, la saison de fouilles est limitée à trois semaines chaque juillet, ce qui constitue un défi logistique pour traiter les 1.000 fossiles extraits chaque année. «Nous avons besoin de temps pour examiner ces échantillons, avec l’aide de bénévoles,» explique Émilie Salaberry, directrice du musée d’Angoulême.

Cette aventure paléontologique a engagé un véritable réseau de bénévoles qui contribuent chaque semaine au tri et à la restauration des fossiles. «Ce travail est crucial pour préparer les découvertes à une étude plus approfondie autours des fossiles vieux de 140 millions d’années.»

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