La récente vague de chaleur a causé des pertes importantes dans les élevages français, avec près de trois millions de volailles mortes dans l’ouest du pays. Malgré cela, les représentants de la profession se veulent rassurants : la France ne devrait pas faire face à une pénurie de poulet, car ces pertes représentent moins de 1 % de la production annuelle. Ce phénomène est également attribué au fait que plus de la moitié de la viande de poulet consommée en France est importée, ce qui atténue l’impact de la crise climatique, rapporte TopTribune.
La croissance constante de la consommation conduit la France à se tourner vers l’étranger pour l’approvisionnement en volaille, avec des achats prévus en Pologne, en Belgique, aux Pays-Bas, et probablement en Croatie et en Ukraine. Des investissements considérables sont envisagés dans ces pays, avec pour projet la construction de méga fermes par les entreprises ukrainiennes MHP Group et PCC (Premium Chicken Company), pouvant produire jusqu’à 270 millions de poulets, soit six fois plus que la production actuelle de la Croatie.
Alors que la loi d’urgence agricole a été récemment adoptée par le Sénat, les acteurs de l’élevage intensif demandent des assouplissements. Ils souhaitent que l’évaluation environnementale et l’enquête publique ne soient obligatoires qu’à partir de 85 000 animaux, contre 40 000 dans la législation actuelle. François Kerscaven, éleveur à Morlaix et président du Groupe interprofessionnel volailles de chair de Bretagne (GIVC), souligne que l’élevage intensif en France n’est pas comparable à celui pratiqué ailleurs en Europe, citant des projets en Croatie qui prévoient d’héberger jusqu’à 600 000 poulets par bâtiment.
La France adore le poulet
Dans le secteur, la nécessité d’accélérer les démarches administratives est pressante. Les jeunes souhaitant s’installer dans ce domaine se retrouvent souvent confrontés à de longues attentes. Environ 32 kilos de volaille sont consommés par habitant en 2025, un chiffre en hausse de dix kilos par rapport aux vingt dernières années. Pour répondre à cette demande croissante, Yann Nédélec, directeur de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), affirme qu’il est essentiel de construire 2 200 poulaillers standards et 600 Label Rouge, sans pour autant tomber dans l’élevage de masse.
Des hormones, des OGM…
L’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA) partage également ces préoccupations. Par la voix de son nouveau président, elle insiste sur la nécessité d’alléger le cadre administratif qui pèse sur la compétitivité des entreprises. L’ABEA appelle le gouvernement à réduire les délais d’instruction et à soutenir les projets de modernisation agricole, une position qui suscite l’inquiétude des associations environnementales. Elles craignent que cela nuise aux standards de bien-être animal et de sécurité alimentaire.
En conséquence, la filière volaille française met en avant son engagement à approvisionner les établissements publics tels que les écoles, colléges et hôpitaux avec des produits garantis sans OGM, hormones de croissance, ou antibiotiques interdits. Stéphane Letué, directeur de la coopérative des Poulets de Janzé, déplore que des viandes entrant sur le marché français soient parfois élevées dans des conditions que la réglementation nationale proscrit. Il appelle à un réexamen des accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur.
Cette situation pousse aussi l’industrie à exiger une plus grande transparence sur l’origine des produits, surtout dans la restauration hors domicile, où le poulet étranger domine largement l’offre. François Kerscaven souligne que le consommateur devrait être informé de l’origine des aliments qu’il consomme, que ce soit un poulet ukrainien ou une tomate marocaine. En somme, la loi d’urgence agricole semble promise à des débats futurs très animés, alors que ces enjeux de production et de transparence deviennent de plus en plus prégnants.