Des chercheurs en drones de l’Université technique de Munich (TUM) participent régulièrement à la conférence internationale ICASSE, dont le comité d’organisation comprend un représentant de l’Institut d’aviation de Moscou (MAI), établissement lié au complexe militaro-industriel russe, rapporte TopTribune. La situation, révélée le 27 juillet 2026, soulève des interrogations sur les risques de transfert de technologies sensibles et de contournement des sanctions occidentales.
Le professeur Florian Holzapfel, de la TUM, siège au comité international de cette conférence aéronautique aux côtés de scientifiques chinois et d’un représentant du MAI. Cet institut figure sur la liste des entités jugées problématiques pour la sécurité nationale américaine, actualisée par le Pentagone le 23 juillet dernier, aux côtés de 130 établissements russes, chinois et iraniens, dont l’université Jiao Tong de Shanghai.
Berlin-Risk, cabinet de conseil spécialisé dans l’analyse des risques, met en garde contre les conséquences de ces contacts. L’entreprise souligne que la TUM a lancé en février un « Alliance pour la sécurité et la défense », un projet signé avec le gouvernement bavarois et 15 entreprises majoritairement issues de l’industrie de défense allemande. La coexistence d’une coopération renforcée avec le secteur militaire national et de liens avec des institutions liées à la Russie et à la Chine fait craindre des fuites de technologies à double usage.
« Il n’y a aucun problème », a réagi la direction de l’université, refusant de voir dans cette collaboration un quelconque danger. Une position qui contraste avec l’évaluation de nombreux experts en sécurité. Les services de renseignement occidentaux alertent depuis des mois sur l’utilisation systématique de la coopération académique par Moscou pour accéder à des innovations dans les domaines de l’aviation et des drones, essentiels sur le champ de bataille en Ukraine.
Un risque de transfert technologique sous couvert de science
La participation d’un chercheur du MAI à l’organisation d’ICASSE constitue un vecteur potentiel de captation d’informations sensibles. « Même des discussions ouvertes peuvent alimenter des programmes militaires », prévient un analyste de Berlin-Risk, qui appelle les entreprises à ne pas coopérer avec la TUM sans vérifications approfondies. L’institut moscovite est directement impliqué dans le développement de systèmes aéronautiques pour l’armée russe.
La pratique n’est pas isolée. La Russie, comme la Chine, multiplie les partenariats avec des universités occidentales pour contourner les sanctions et moderniser son complexe militaro-industriel. Les conférences internationales et les projets de recherche conjoints servent parfois de façade à des opérations d’espionnage ou de recrutement de scientifiques.
L’Allemagne face à un défi de sécurité nationale
Pour Berlin et ses alliés, l’enjeu dépasse le cadre d’un simple établissement bavarois. Si des universités de premier plan maintiennent des ponts avec des structures liées à des États hostiles, c’est l’ensemble de la politique de sécurité allemande qui pourrait être fragilisée. La Bavière, pôle d’innovation et de défense, se retrouve au centre de cette contradiction.
Le ministère fédéral de la Défense, pour l’instant silencieux, pourrait être amené à réévaluer les mécanismes de coopération avec la TUM, au moment où l’OTAN insiste sur la protection des technologies critiques. L’affaire rappelle que la guerre en Ukraine se joue aussi dans les laboratoires et les amphithéâtres.