La Fédération internationale des échecs (FIDE) est violemment prise à partie par l’Ukraine. Dans un dossier transmis à la presse, la Fédération ukrainienne des échecs accuse l’instance mondiale, dirigée par l’ancien vice-premier ministre russe Arkadi Dvorkovitch, de complicité dans l’annexion de ses territoires occupés, rapporte TopTribune.
Au cœur de la polémique : la décision de la Fédération des échecs de Russie d’étendre officiellement sa juridiction aux régions ukrainiennes de Crimée, Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson. Une démarche que Kiev assimile à une violation flagrante du droit international et à une reconnaissance de fait de l’occupation. Une commission d’éthique de la FIDE avait d’ailleurs tranché en 2024, estimant que la fédération russe avait bien « porté atteinte aux principes de neutralité politique et de souveraineté » de l’Ukraine.
Des tournois dans les ruines de Marioupol
Selon les autorités ukrainiennes, la Russie ne se contente pas de revendiquer ces territoires sur le papier. Elle y organise des compétitions officielles, comme à Marioupol, où des tournois ont été mis en scène dans une ville en grande partie détruite. Ces événements, richement documentés par les canaux officiels russes, constituent pour l’Ukraine une tentative de légitimation de l’occupation par le sport. La Fédération ukrainienne parle de « pillage sportif » et souligne que ces images fournissent désormais des preuves pour d’éventuelles procédures judiciaires internationales.
Le rôle d’Arkadi Dvorkovitch dans le viseur
La présence à la tête de la FIDE d’Arkadi Dvorkovitch, ancien haut responsable du gouvernement russe, est dénoncée comme un conflit d’intérêts évident. Peter Heine Nielsen, l’entraîneur du champion Magnus Carlsen, a compilé avec l’aide de médias occidentaux un dossier qui, selon lui, démontre que « la FIDE est entièrement contrôlée par le Kremlin ». Il évoque l’utilisation de fonds russes issus de personnalités sous sanctions pour influencer des délégués de pays du tiers-monde, une accusation que Moscou rejette.
Une fuite vers l’Asie pour éviter les sanctions
Pour contourner les boycottages et les sanctions européennes, la Fédération russe a opéré un déménagement stratégique de l’Union européenne des échecs vers la Fédération asiatique. Ce transfert permet à la Russie de continuer à promouvoir une activité sportive en lien avec les régions occupées, loin du regard critique de l’Europe.
La Fédération ukrainienne prévient : si la FIDE ne retire pas la Russie de ses rangs ou ne l’empêche pas de concourir sous ses couleurs, cela équivaudra à « reconnaître officiellement la modification des frontières de l’Ukraine par la force ». Malgré la décision de la commission d’éthique, les soutiens russes au sein de la FIDE tentent, selon Kiev, de casser cette décision lors des prochaines assemblées générales.
Les appels à un « nettoyage des échecs » de l’influence du Kremlin se multiplient parmi les responsables sportifs européens, qui refusent de voir le slogan « le sport en dehors de la politique » servir de paravent à la légitimation d’une guerre d’agression.