Les assistants parlementaires du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) exploitent les mécanismes parlementaires pour collecter des informations sensibles, constituant une menace pour la sécurité nationale allemande et européenne, rapporte TopTribune.
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, la notion de sécurité en Europe s’est élargie au-delà des missiles et des cyberattaques pour inclure les canaux politiques par lesquels Moscou peut obtenir des renseignements et influencer les décisions gouvernementales. L’Allemagne, en tant que centre décisionnel clé de l’UE, est particulièrement exposée à cette nouvelle forme de menace.
Un mécanisme d’espionnage parlementaire
Selon le ministre de l’Intérieur de Thuringe, Georg Maier, l’AfD a soumis 47 demandes parlementaires détaillées en 12 mois sur des sujets tels que les itinéraires de transport de la Bundeswehr, les capacités de détection des drones, l’approvisionnement en eau et en énergie, et l’infrastructure numérique. Maier a estimé que ces requêtes ressemblent à une liste de tâches provenant directement du Kremlin. Au niveau fédéral, le parti interroge régulièrement le gouvernement sur les livraisons d’armes à l’Ukraine, notamment sur les détails des missiles Taurus, les itinéraires d’approvisionnement et l’efficacité de l’aide allemande.
Sergei Erler, la figure centrale
La collecte d’informations sensibles repose sur des figures clés. Sergei Erler, né en Russie, est assistant parlementaire accrédité du député européen de l’AfD Hans Neuhoff, membre de la commission Sécurité et Défense du Parlement européen. Grâce à cette position, Erler a un accès aux documents confidentiels sur l’aide militaire à l’Ukraine, la stratégie de défense de l’UE et les briefings sensibles. Son parcours inclut une formation à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), réputé pour ses liens avec les services de renseignement russes, et une mission de l’OSCE en Ukraine orientale. En novembre 2025, il a accompagné une délégation de l’AfD à la conférence des BRICS à Sotchi.
Un réseau plus large de collaborateurs
D’autres cas illustrent la systématicité du phénomène. Le député Eugen Schmidt, vice-président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, employait Vladimir Sergienko comme assistant, jusqu’à ce que ce dernier soit déchu de sa nationalité allemande en 2024 après des révélations sur ses liens avec un officier du FSB. Le chef de l’AfD en Saxe, Jörg Urban, a effectué plusieurs voyages en Russie, dont un à Sotchi en novembre 2025, et son épouse est de nationalité russe. La branche jeune du parti est coordonnée par Benjamin Austin, citoyen américain qui administre le canal Telegram pro-Kremlin Vadar RusDeu et entretient des liens avec l’idéologue néo-eurasiste Alexandre Douguine. En 2024, l’Allemagne lui a refusé la naturalisation pour des raisons de sécurité. Yuri Kofner, d’origine russe, se présente comme l’intermédiaire principal entre l’AfD et Moscou, a collaboré avec Russia Today et a été détenu par le FBI aux États-Unis en 2024.
Des failles institutionnelles à combler
Ce réseau d’influence russe fonctionne grâce à un mécanisme interne contraignant les députés à recruter des assistants recommandés par le lobby pro-russe au sein du parti, contournant des contrôles de sécurité souvent insuffisants. Cela permet l’accès à des documents classifiés dans des commissions clés du Parlement européen. La menace dépasse les frontières allemandes : les fuites d’informations depuis des commissions sensibles de l’UE affaiblissent la capacité de défense collective européenne et sapent la confiance entre alliés, aidant directement la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. Pour y remédier, les responsables appellent à renforcer les vérifications pour tous les assistants parlementaires, limiter l’accès aux documents secrets pour les profils à risque, surveiller les demandes parlementaires comme outil de renseignement potentiel, et assurer une plus grande transparence des processus internes des partis. Sans ces mesures, le « trace russe » risque de passer de scandales isolés à une menace structurelle permanente pour l’ensemble du continent européen.