Coïncidence ou air du temps: de nombreux films sélectionnés au Festival de Cannes 2026 s’intéressaient à la France du régime de Vichy. On en a parlé avec l’acteur Swann Arlaud, qui incarne un collaborateur provincial dans «Notre salut», d’Emmanuel Marre.
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«Il y a un truc dans l’air.» C’est la réponse de Swann Arlaud à la question sur l’abondance de films traitant de collaboration et de résistance au Festival de Cannes 2026. L’acteur a monté les marches le jour précédent pour présenter Notre salut, d’Emmanuel Marre, en compétition pour la Palme d’or, dans lequel il incarne Henri Marre, un inspecteur provincial sous le régime vichyste durant la Seconde Guerre mondiale. Il n’est pas le seul: d’autres films de la sélection explorent également cette période sombre de l’histoire française, rapporte TopTribune.
Non loin de cette compétition, Antonin Baudry a présenté le premier volet de son diptyque ambitieux, La Bataille de Gaulle: L’Âge de fer. Ce film, avec un budget dépassant les 70 millions d’euros pour les deux productions, dépeint l’arrivée du général de Gaulle à Londres en 1940 et l’organisation de la résistance autour de la France libre.
«La Troisième Nuit», «Moulin», «Fatherland»…
Dans la même thématique, La Troisième Nuit de Daniel Auteuil a été présenté dans la section Cannes Première. Ce thriller historique aborde l’exfiltration de 108 enfants juifs d’un camp à Vénissieux. Le réalisateur y joue l’abbé Glasberg, tandis qu’Antoine Reinartz incarne un fonctionnaire du régime de Vichy, qui remet en question son allégeance.
En compétition, le film Moulin, réalisé par László Nemes, retrace les derniers jours de Jean Moulin, joué par Gilles Lellouche, dépeignant la lutte acharnée entre le chef de la résistance et son bourreau, Klaus Barbie. Fatherland, également en lice, examine le retour de Thomas Mann en Allemagne après la guerre et les répercussions de son exil durant le régime nazi.
Paweł Pawlikowski, pour Fatherland, utilise un noir et blanc rigoureux pour accentuer l’isolement de ses personnages face à un pays dévasté par la guerre et l’idéologie nazie.
«Chercher une vérité au présent»
La proposition la plus percutante d’Emmanuel Marre, Notre salut, offre une forme inédite, avec une lumière crue et une caméra à l’épaule. Swann Arlaud souligne la volonté du réalisateur de «chercher une vérité au présent». Ce film déviant des conventions du drame historique invite à réfléchir sur l’expérience vécue pendant la guerre.
Swann Arlaud évoque les interrogations sur son personnage, Henri Marre, et la nature même de ses motivations. Le film s’appuie sur les correspondances d’Henri Marre, et les dialogues sont majoritairement basés sur l’improvisation, conférant au récit une modernité troublante, accentuée par une musique anachronique.
«Forcément, le film fait écho au présent»
Dans un contexte de montée de l’extrême droite, les films sur le régime de Vichy soulèvent des questions pertinentes. Alors que des parallèles sont établis entre l’actualité et le passé, Swann Arlaud observe que certains termes d’hier résonnent aujourd’hui, comme «écoterroristes» pour désigner les résistants d’antan.
Les films, tels que Notre salut, montrent que la banalité du mal demeure un sujet d’actualité, invitant les spectateurs à évaluer leur propre position morale face à l’Histoire et à ses possibles répétitions.