Fabienne Boulin-Burgeat clame depuis de nombreuses années que son père a été « assassiné » et que le crime a été « maquillé en suicide ».
La vérité pourrait-elle enfin émerger dans l’affaire Robert Boulin ? Lors d’une conférence de presse tenue le 21 avril 2026, Fabienne Boulin-Burgeat, fille de l’ancien ministre du Travail, et son avocat présenteront plusieurs demandes judiciaires visant à faire éclater la lumière sur la mort de cet ancien résistant gaulliste, rapporte TopTribune.
Le 30 octobre 1979, le corps de Robert Boulin a été retrouvé immergé dans un étang de la forêt de Rambouillet. Bien que l’enquête initiale ait conclu à un suicide par noyade, la famille n’a jamais cru à cette version. Près de cinquante ans après les faits, les proches de Boulin continuent de se battre pour obtenir justice.
Demandes de transfert au pôle « cold cases »
Dans leur quête de vérité, la famille de Robert Boulin se tourne désormais vers le pôle national des crimes sériels ou non élucidés, créé en 2022. « Depuis quatorze mois, rien ne se passe à Versailles », a déclaré Fabienne Boulin-Burgeat. « Il est donc nécessaire de reprendre les investigations qui n’ont pas été menées depuis le départ. » Le parquet de Versailles a annoncé avoir requis le transfert de l’information judiciaire au pôle « cold cases » de Nanterre, indiquant que ce changement de juridiction serait en bonne voie.
Selon le communiqué du parquet, « l’analyse des investigations envisagées » et les échanges avec le parquet de Nanterre ont permis de conclure sur l’opportunité de cette saisine. Un juge d’instruction doit rendre sa décision dans un délai légal, qui varie entre huit jours et un mois suite à ces réquisitions. Didier Seban, l’avocat de Boulin-Burgeat, souligne l’urgence de la situation : « On est dans une course contre la montre, car les derniers témoins meurent. »
Enquête sur les derniers témoins
Elio Darmon, l’un des témoins clé de l’affaire, est décédé en avril 2025. Il avait déclaré avoir été témoin d’une conversation entre des membres du SAC (Service d’Action Civique), qui auraient admis avoir malmené Boulin, entraînant peut-être son décès. Ce témoignage avait permis d’identifier un individu, décédé en 1986, comme potentiel meurtrier de Boulin.
La famille espère que le pôle « cold cases » entendra les derniers témoins encore disponibles. « D’autres témoins importants sont encore en vie », rappelle Didier Seban, évoquant un certain Jean-Louis Rizza, ancien braqueur, qui a allégué avoir été contacté pour « récupérer des documents » et « intimider » Boulin.
Appel à une nouvelle autopsie
Les rapports d’autopsie sont cruciaux dans cette affaire. Une première autopsie, considérée comme incomplète, a omis d’analyser le crâne de Boulin. Une seconde autopsie, réalisée en 1983, a révélé des fractures au visage survenues alors qu’il était encore en vie. En 2020, une expertise a invalidé la thèse du suicide par noyade. Boulin-Burgeat souhaite qu’une nouvelle autopsie soit réalisée : « Pour une noyade, il est essentiel de rechercher des diatomées, ces algues qui attestent d’une noyade. »
Exigence de déclassification des dossiers
Au fil des ans, la famille Boulin a dénoncé un « crime d’État » censé être caché par des personnes influentes. Ils estiment que les archives pourraient contenir des informations vitales. Selon Didier Seban, « le président de la République doit répondre à la demande de déclassification des dossiers concernant Robert Boulin et transmettre à la justice tous les documents disponibles. » Il rappelle également que le président a déjà agi en déclassifiant des dossiers relatifs à d’autres affaires sensibles.
Un rapport de la CIA aurait indiqué que les services de renseignement américains avaient averti Boulin des risques qui pesaient sur lui. En 2009, la CIA a reconnu détenir des documents classifiés sur l’affaire, citant des motifs de « défense nationale » et de « politique étrangère ». Boulin-Burgeat a reçu un rapport expurgé, sans informations. Elle espère que les juges du pôle « cold case » de Nanterre prendront cette question en considération.