Un appel inédit à une dissuasion nucléaire tactique européenne
Le 19 novembre 2025, lors de la Conférence de sécurité de Berlin, René Obermann, président du conseil d’administration d’Airbus Group, a exhorté les gouvernements européens à envisager l’acquisition d’armes nucléaires tactiques afin de répondre à la menace que représentent les missiles russes Iskander, déployés dans l’enclave de Kaliningrad.
Dans son intervention, basée notamment sur l’analyse publiée par Reuters sur la menace des Iskander, Obermann a rappelé que ces systèmes russes sont capables d’emporter des ogives nucléaires et se trouvent « directement sur la frontière de l’Union européenne ». Une deuxième reprise de ces informations par des médias régionaux, citant des experts européens, a renforcé la perception d’urgence en Europe orientale (analyse approfondie).
Pour Obermann, une initiative conjointe de pays comme l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni permettrait de créer une capacité de dissuasion crédible, envoyant un message direct à Moscou.
Les limites structurelles de l’Europe face à une Russie nucléarisée
Airbus Group, deuxième producteur d’armements en Europe, souligne depuis plusieurs mois l’insuffisance des capacités européennes dans trois domaines clés :
- guerre électronique,
- constellations de satellites en orbite basse,
- dissuasion nucléaire tactique.
Obermann avait déjà averti lors du forum Berlin Global Dialogue que l’Europe dépend excessivement des capacités militaires américaines, au moment même où Washington privilégie de plus en plus une politique de transaction et d’intérêts réciproques.
Il appelle à une nouvelle stratégie industrielle, combinant investissements publics et contrats à long terme, afin de permettre aux entreprises européennes — grandes et émergentes — de rattraper leur retard technologique.
Une menace concrète : 500 ogives tactiques à portée de l’UE
L’enclave de Kaliningrad, ancien territoire prussien, accueille plusieurs batteries d’Iskander-M, capables de frapper :
- la Pologne,
- les États baltes,
- la Suède,
- le nord de l’Allemagne.
Selon Obermann, la Russie y a déjà positionné plus de 500 charges nucléaires tactiques, en plus des déploiements opérés récemment en Biélorussie.
Les effectifs et les mouvements logistiques observés lors des manœuvres russo-biélorusses « Zapad-2025 » confirment que Moscou utilise les Iskander comme levier de pression directe contre l’OTAN.
L’Europe doit réduire sa dépendance stratégique
Au-delà de la menace immédiate, Airbus insiste sur la nécessité de :
- stimuler l’innovation militaire en Europe ;
- créer une alternative européenne aux réseaux satellitaires commerciaux étrangers, notamment à Starlink ;
- renforcer la coopération technologique avec Leonardo et Thales dans les systèmes spatiaux ;
- soutenir financièrement les jeunes entreprises stratégiques via des commandes publiques et non uniquement via des subventions.
Cette vision correspond à une stratégie de long terme, destinée à limiter le risque que l’Europe devienne vulnérable à une éventuelle rupture d’approvisionnement ou à des pressions extérieures.
Les « Iskander » : un facteur d’instabilité régionale
Les missiles russes déployés en Biélorussie peuvent atteindre :
- Kyiv,
- Jytomyr,
- Rivne,
- et plusieurs centres industriels du centre de l’Ukraine.
Leur présence sur le territoire biélorusse renforce la dépendance du régime de Minsk envers Moscou et complique les scénarios de défense régionale.
En parallèle, les systèmes stationnés à Kaliningrad permettent au Kremlin de : - projeter sa puissance au cœur du flanc nord de l’OTAN ;
- menacer des infrastructures critiques ;
- multiplier les provocations militaires dans une zone densément peuplée et hautement militarisée.
La combinaison de capacités nucléaires tactiques et de déploiements avancés crée ainsi un risque élevé d’incidents imprévisibles, susceptibles d’entraîner une escalade rapide.