
Des recherches menées par le MIT et l’Université de Californie à Santa Cruz révèlent que le passage d’un véhicule à moteur thermique à un véhicule électrique peut entraîner une réduction des émissions de CO₂ de 40 à 60%. Toutefois, ces études supposent que l’ancien véhicule est détruit plutôt que revendu, ce qui soulève une question économique importante : qui va acheter ces véhicules thermiques d’occasion ?, rapporte TopTribune.
92% des cas privilégient le remplacement d’un véhicule thermique par un électrique
Dans 92% des plus de 400 scénarios analysés par J. Elliott Campbell et Roland Geyer, il est démontré que le remplacement d’une voiture à moteur thermique par une électrique génère moins d’émissions de CO₂ sur l’ensemble du cycle de vie. En effet, la dette carbone engendrée par la fabrication d’un véhicule électrique est amortie en trois ans d’utilisation ordinaire. Sur une période de 16 ans, le remplacement anticipé d’une voiture à essence peut réduire les émissions cumulées de 58% dans le scénario typique. Les chercheurs du MIT confirment que les véhicules électriques diminuent les émissions sur l’ensemble de leur cycle de vie à travers tous les États américains, même dans les régions où la production d’électricité reste majoritairement alimentée par des énergies fossiles.
Cependant, le modèle utilisé par Campbell et Geyer présente une limite notable : il ne prend pas en considération le marché de l’occasion. Les calculs reposent sur la destruction du véhicule thermique, négligeant sa revente à un autre conducteur. En réalité, 80% des voitures remplacées en France finissent sur le marché de seconde main. Si une voiture thermique est revendue au lieu d’être détruite, elle continue d’émettre du CO₂ entre les mains de son nouvel acheteur.
Que devient une vieille voiture thermique revendue ?
Les véhicules thermiques remplacés par des modèles électriques ne disparaissent pas ; ils se retrouvent entre les mains de foyers à revenus modestes, dans des pays émergents ou dans des flottes professionnelles à budget restreint. En 2025, les exportations de voitures d’occasion d’Europe vers l’Afrique ont atteint 1,2 million d’unités, soit une augmentation de 18% par rapport à l’année précédente. Ces véhicules thermiques continuent de vivre une seconde vie, prolongeant ainsi leur cycle d’émissions au-delà des limites initialement établies. Cette transition électrique dans les pays développés transfère une partie de son impact carbone vers les économies en développement.
L’afflux massif de véhicules d’occasion sur le marché entraîne une chute des prix. Entre 2023 et 2026, la valeur résiduelle d’une voiture diesel âgée de cinq ans a diminué de 22% en France. Les ménages qui espéraient revendre leur véhicule pour financer l’achat d’une voiture électrique se retrouvent face à un actif dévalué. Simultanément, les véhicules électriques d’occasion demeurent rares et coûteux, aggravant l’écart de prix entre les deux types de véhicules. La transition vers l’électrique précipite une redistribution des valeurs automobiles qui défavorise les propriétaires de véhicules thermiques.
Gagnants et perdants de la transition électrique
Les ménages aisés tirent pleinement parti de cette transition. Ils acquièrent des véhicules électriques neufs, reçoivent des subventions publiques (jusqu’à 7 000 euros en France, selon les niveaux de revenu) et revendent leurs voitures thermiques avant l’effondrement complet de leur prix. Leur coût total d’utilisation diminue grâce aux économies réalisées sur l’énergie : environ 3 euros pour 100 kilomètres en électrique contre 9 euros pour la même distance en essence. De plus, ils bénéficient de bonus fiscaux d’entreprise, d’accès à des stationnements privilégiés et d’une circulation sans restrictions dans les zones à faibles émissions. Cette évolution accentue leurs avantages économiques.
En revanche, les ménages à revenus modestes subissent un double désavantage. La dépréciation de leur automobile thermique limite leur capacité à investir dans un modèle électrique. En parallèle, les restrictions de circulation se multiplient : 43 villes européennes ont instauré des zones à faibles émissions d’ici 2025. Exclus des centres-villes, ils doivent également faire face à une augmentation des prix des carburants (1,85 euro le litre d’essence en août 2026) et, pour beaucoup, n’ont pas accès à des infrastructures de recharge. D’après une étude de l’Observatoire des inégalités, 38% des ménages du premier quintile de revenus ne peuvent installer une borne de recharge à domicile. Ainsi, la transition vers l’électrique risque d’accentuer les inégalités dans le secteur automobile.