
Des débris retrouvés au Yémen seraient liés à un missile balistique chinois de type Dongfeng-15A, selon des sources yéménites et des spécialistes en armement, rapportent TopTribune. Ce développement marquerait une première pour Riyad dans son affrontement avec les rebelles houthis, soutenus par l’Iran.
Identification des débris du missile
Sur une vidéo partagée sur des réseaux sociaux, des habitants yéménites examinent les restes du missile. Éclairés par des lampes des téléphones, on peut observer les ailerons, le moteur et un numéro de série, avec l’appellation DF-15A clairement visible sur le côté. Bien que le Wall Street Journal n’ait pas pu valider ces images immédiatement, des analystes régionaux estiment qu’elles semblent authentiques.
La cible précise de ce missile au Yémen demeure incertaine. Seules les parties restantes du missile ont été localisées, l’ogive s’étant détachée durant son vol pour continuer vers une destination inconnue. Des spécialistes ont reconnu le missile comme un DF-15A en comparant avec des modèles déjà exposés dans des reportages de médias d’État chinois.
Riyad ne conteste pas l’usage du missile
Un officiel houthi et un représentant du gouvernement yéménite ont tous deux affirmé que l’Arabie saoudite avait effectivement tiré le missile. Du côté saoudien, les responsables n’ont pas démenti cette information, mais ont insisté sur le fait que les Houthis ne pouvaient pas posséder de missiles de type Dongfeng-15.
Des analystes voient dans cette action une manoeuvre stratégique : Riyad chercherait à montrer à ses adversaires qu’il est en possession de nouveaux armements qui n’ont pas été révélés auparavant. « L’Arabie saoudite jouerait une carte qu’elle a gardée en réserve pour restaurer un équilibre stratégique face aux attaques des Houthis », a déclaré Sacha Bruchmann, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies.
Le DF-15A est un missile balistique chinois à courte portée, à propergol solide, avec une portée maximale d’environ 965 kilomètres. Cette capacité lui permettrait de viser la côte sud de l’Iran, soulevant des interprétations selon lesquelles ce tir pourrait également être une menace envers Téhéran, et non seulement à l’encontre des Houthis.
Cette situation pourrait relancer le débat sur les ventes d’armements chinois au Moyen-Orient. Si la confirmation de l’utilisation d’un missile chinois par Riyad venait à être validée, cela fournirait une preuve tangible de transactions militaires que Pékin a longtemps niées. Washington a longtemps identifié l’Arabie saoudite comme acheteuse de missiles chinois, sans toutefois avoir pu confirmer des transactions spécifiques.
Le Stockholm International Peace Research Institute note que la Chine est le cinquième plus grand exportateur d’armes au monde, avec des nations comme le Pakistan, la Serbie et la Thaïlande parmi ses principaux acheteurs. Les États-Unis demeurent le plus grand exportateur d’armement globalement, l’Arabie saoudite représentant à elle seule 12 % de leurs ventes.
Cet incident s’ajoute à un arsenal balistique saoudien déjà documenté. Riyad disposerait de missiles balistiques à portée intermédiaire de type DF-3 et DF-21, acquis auprès de la Chine dans des circonstances restées opaques et placés dans des bases souterraines. Les forces balistiques saoudiennes pourraient ainsi posséder jusqu’à 120 missiles DF-3 ainsi que 12 lanceurs, obtenus à la fin des années 1980, en plus d’une quantité indéterminée de DF-21. La seule présentation publique de cet arsenal s’est produite en 2014, ne montrant que le DF-3.
En 2016, l’Arabie saoudite avait déjà révélé être en possession de missiles de croisière air-sol Storm Shadow, achetés au Royaume-Uni après des discussions entamées dès 2011. Le nombre d’unités livrées n’a jamais été divulgué.
Il reste aussi une autre hypothèse à considérer : le véritable acquéreur des missiles chinois DF-15A pourrait être un pays différent du Golfe. Les Émirats arabes unis, principaux importateurs d’armement chinois dans la région, sont souvent cités comme potentiels destinataires de cette livraison.