L’agriculture française est en proie à une crise d’une ampleur exceptionnelle. Suite à l’envolée des coûts de production liée aux tensions au Moyen-Orient, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) a lancé un appel pressant. Le syndicat réclame la réouverture des négociations commerciales entre les industriels et les distributeurs, alors que les charges des exploitations agricoles continuent de grimper sans que les prix de vente suivent, rapporte TopTribune.
Dans le domaine des grandes cultures, l’augmentation du gazole non routier (GNR) engendre des charges supplémentaires qui se chiffrent en milliers d’euros. Les exploitations d’élevage bovin font face à une hausse de 45 centimes par kilogramme de carcasse, tandis que la filière laitière subit une augmentation de 19 euros par millier de litres produits. Ces indicateurs illustrent une réalité bien tangible que les agriculteurs expérimentent chaque jour dans leurs finances.
Cette flambée des coûts survient alors que l’agriculture française émerge péniblement d’une série de crises qui ont déjà affaibli les exploitations. D’après les syndicats, l’inflation énergétique atteint 14,2 %, alors que l’inflation alimentaire ne progresse que de 1,3 %. Selon la FNSEA, ce décalage entre les coûts et les prix de vente menace l’équilibre économique de nombreuses exploitations. En d’autres termes, les producteurs sont contraints d’absorber des coûts croissants sans possibilité de répercuter cette charge, une situation insoutenable sur le long terme.
La FNSEA souhaite rectifier cette situation. Le syndicat a pour objectif de rouvrir les négociations commerciales, qui sont en général conclues au début de l’année entre distributeurs et fournisseurs, afin d’y intégrer les nouveaux coûts de production. La FNSEA vise à faire respecter le principe de « construction du prix à partir des coûts de production agricole », inscrit dans les lois EGAlim, mais dont l’application reste trop peu contraignante. Sans une révision des prix versés aux producteurs, la viabilité des exploitations pourrait être compromise.
La fermeture du détroit d’Ormuz : source d’instabilité économique
La fermeture du détroit d’Ormuz se présente comme le cœur de cette crise économique. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les réserves de pétrole mondiales ne disposent plus que de quelques semaines d’approvisionnement. Fatih Birol, le responsable de l’agence, met en garde contre le caractère limité de ces réserves, malgré les 2,5 millions de barils par jour tirés des stocks stratégiques. Entre mars et avril, 246 millions de barils ont déjà été consommés, et les prévisions indiquent une décroissance de l’offre mondiale de 3,9 millions de barils par jour pour 2026.
Les répercussions se font rapidement sentir sur les intrants agricoles essentiels. Les coûts des matières premières pour la production des engrais, telles que le soufre et le gaz naturel, connaissent une envolée. Cette situation rappelle douloureusement la crise suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec des effets potentiellement plus sévères et durables.
Vers une réévaluation des conventions commerciales dans le secteur agricole
La réaction du gouvernement français est relativement prudente, adoptant une approche attentiste. L’exécutif privilégie un « dialogue constructif au cas par cas » entre la grande distribution et les producteurs agroalimentaires, tout en se refusant à rouvrir massivement les négociations officielles, fermées depuis début mars. Cependant, la pression croît fortement de toutes parts.
Les acteurs de l’agroalimentaire plaident également pour une rapidité de la répercussion des hausses de coûts dans ce contexte sans précédent. En revanche, la grande distribution s’oppose à toute ouverture généralisée, craignant les conséquences sur les prix à la consommation. Cette tension met clairement en lumière les failles d’un système de formation des prix agricoles qui peine à s’adapter à des chocs aussi violents.
Le problème essentiel pour les consommateurs est ici. Si les négociations aboutissent et que les augmentations des coûts agricoles se répercutent à tous les niveaux, les prix des denrées alimentaires en grande surface pourraient connaître une nouvelle augmentation après une période de relative stabilisation. Les produits laitiers, la viande bovine et les céréales, entre autres, seront en première ligne. À l’opposé, un blocage de la répercussion par les distributeurs mettrait en péril la viabilité des exploitations agricoles, compromettant ainsi la souveraineté alimentaire de la France.
Le syndicat FNSEA perçoit le projet de loi d’urgence agricole, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, comme une opportunité pour ancrer le principe de construction du prix à partir des coûts de production agricoles. Il appelle les parlementaires à saisir cette occasion pour défendre les intérêts des producteurs.