La réforme de la pêche récréative suscite l’indignation des pêcheurs français
La Commission européenne a lancé une application intitulée « REC Fishing » qui entrera en vigueur le 10 janvier 2026. Cette initiative oblige tous les pêcheurs en mer à se déclarer individuellement à partir de 16 ans et à signaler chacune de leurs sorties. De plus, toutes les prises effectuées concernant les espèces jugées « sensibles » devront être enregistrées, ce qui suscite une vive colère parmi les passionnés de pêche récréative, rapporte TopTribune.
L’objectif de l’Union européenne est de protéger les ressources marines et de lutter contre les pratiques illégales. Cependant, la mise en œuvre de cette réforme est mal perçue. En France, bien que le permis de pêche soit obligatoire en eau douce, la pêche en mer était jusqu’alors peu régulée. Les pêcheurs craignent que cette nouvelle réglementation ne pénalise davantage des pratiquants occasionnels, déjà rare sur les côtes.
Évaluant leur nombre, on estime qu’ils seraient environ trois millions, selon Patrick Valdivia, guide de pêche à Canet-en-Roussillon. Ce dernier souligne que la majorité des pêcheurs le font pour le plaisir, espérant ramener du poisson. Le manque de contrôle des autorités sur les pratiques de pêche rend la situation d’autant plus complexe, favorisant un climat de méfiance.
Des normes jugées démesurées
Patrick Valdivia, également cofondateur du Collectif des pêcheurs récréatifs (Copere), s’oppose fermement à cette application. Il rappelle que la pêche est un loisir populaire et accuse cette nouvelle réglementation d’« absurdité ». « Mon père a 90 ans. Comment fera-t-il ? Il n’y a aucune alternative », s’interroge-t-il. Les réactions sur les réseaux sociaux se multiplient, certains évoquant que l’objectif de cette réforme pourrait être de « faire ch*** les pêcheurs ».
Les critiques ne se limitent pas à l’aspect administratif. Beaucoup de pêcheurs dénoncent une impression de surveillance accrue, tout en pointant du doigt le manque de rigueur vis-à-vis de la pêche professionnelle. Des voix s’élèvent pour souligner l’hypocrisie des autorités qui laissent encore passer des pratiques nuisibles, notamment celles des grands « bateaux-usines » accusés de vider les océans.
« Les normes n’ont de sens que si elles sont contrôlées », martèle Valdivia, insistant sur l’opacité des données concernant l’impact de la pêche récréative. Pour lui, le contrôle des pratiques de pêche devrait être appliqué tout autant aux pêches commerciales, plutôt que de restreindre l’accès des pêcheurs amateurs.
Inquiétudes sur les espèces à rapporter
La liste des espèces soumises à déclaration suscite aussi la perplexité de nombreux pêcheurs. Chaque bar, dorade et thon rouge devra être mesuré et photographié, alors que des espèces comme le maquereau, pourtant en déclin, ne figurent pas sur cette liste. Cette inégalité soulève des interrogations sur l’efficacité de la mesure.
En conséquence, de nombreux petits bateaux de plaisance ont été mis en vente depuis l’annonce de cette réforme, signe que les pêcheurs anticipent des difficultés à poursuivre leur activité. Toutefois, certains se consolent de ne pas voir la mise en place d’un permis de pêche payant, autre mesure qui avait été envisagée.
Face à cette réforme, l’avenir de la pêche récréative en France semble incertain, alors que la Commission européenne vise à établir un cadre plus durable pour la préservation des ressources marines. La tension entre conformité réglementaire et liberté de pratique n’a jamais été aussi palpable.