Présenté par Donald Trump comme un succès diplomatique majeur, le protocole conclu cette semaine entre Washington et Téhéran suscite de nombreuses critiques aux États-Unis. En comparant ses dispositions avec celles du JCPOA de 2015, l’accord négocié sous Barack Obama que le président américain avait pourtant dénoncé comme le « pire jamais négocié », une question s’impose : les États-Unis n’ont-ils pas accordé davantage de concessions à l’Iran qu’ils n’en ont obtenu en retour ?, rapporte TopTribune.
Depuis l’accord conclu cette semaine entre les États-Unis et l’Iran, Donald Trump essuie des critiques sur un texte jugé très favorable à l’Iran et beaucoup moins aux États-Unis. Certains renvoient au président américain ce qu’il disait de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA) de 2015, conclu sous Barack Obama, qu’il avait révoqué en 2018 lors de son premier mandat : un accord « défectueux jusqu’à la moelle » et « le pire jamais négocié ».
« Le protocole accomplit tous les objectifs que nous nous étions fixés et plus encore », a pourtant assuré Donald Trump depuis le sommet du G7 d’Évian, le présentant comme un succès diplomatique. « Il est frappant de voir à quel point les États-Unis offrent beaucoup en échange de si peu », a au contraire estimé l’ancien diplomate américain Brett McGurk sur CNN. Et de fait, en comparant l’accord de 2015 et le protocole de 2026, difficile d’y voir un succès pour Washington.
Une logique de contrôle contre une logique de stabilisation
À première vue, les deux textes poursuivent pourtant le même objectif : empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire tout en réintégrant progressivement le pays dans les échanges économiques internationaux. Mais derrière cette apparente continuité se cache une différence fondamentale. L’accord de Vienne reposait sur une logique de contrôle. Celui de 2026 s’inscrit davantage dans une logique de stabilisation régionale.
En 2015, après douze années de négociations, l’administration Obama obtient de Téhéran des concessions sans précédent. L’Iran accepte ainsi de réduire son parc de centrifugeuses de près de 19 000 à un peu plus de 5 000 machines, de plafonner l’enrichissement de l’uranium à 3,67 % pendant quinze ans, de limiter ses stocks à 300 kilogrammes et de transformer plusieurs installations sensibles, notamment le site souterrain de Fordow et le réacteur à eau lourde d’Arak.
Surtout, le pays accepte un régime d’inspections particulièrement intrusif de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les inspecteurs disposent alors de moyens de vérification étendus et d’un accès durable à l’ensemble de la chaîne nucléaire iranienne. En cas de violation, un mécanisme dit de « snapback » permet même le rétablissement automatique des sanctions internationales.
L’objectif est clair : éloigner suffisamment le programme nucléaire iranien pour que le temps nécessaire à la fabrication d’une arme atomique passe de quelques mois à environ un an.
Les États-Unis en moins bonne position pour négocier aujourd’hui
Onze ans plus tard, le contexte est radicalement différent. Entre-temps, Donald Trump a retiré les États-Unis du JCPoA en 2018. Les sanctions ont été rétablies. L’Iran a progressivement repris ses activités nucléaires et développé des capacités qui n’existaient pas lors de la signature de l’accord de Vienne.
Aujourd’hui, selon les estimations des experts internationaux, Téhéran dispose de plusieurs centaines de kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, un seuil très proche des niveaux nécessaires à un usage militaire. Autrement dit, les négociateurs américains ne partent plus de la même position de force. C’est ce qui explique la nature du protocole de 2026. Contrairement au texte de 2015, il ne prévoit ni réduction massive des centrifugeuses, ni limitation clairement définie des stocks d’uranium enrichi, ni démantèlement d’infrastructures nucléaires. L’Iran réaffirme son opposition à l’arme atomique mais conserve l’essentiel de ses capacités techniques en attendant de futures négociations.
En contrepartie, les États-Unis consentent des avancées substantielles. Levée progressive des sanctions, déblocage d’avoirs iraniens gelés, facilitation des exportations pétrolières et soutien à de nouveaux investissements figurent parmi les principaux bénéfices obtenus par Téhéran.
Le nucléaire n’a été qu’un des enjeux des négociations contrairement à 2015
Cette asymétrie nourrit les critiques. Là où le JCPoA détaillait sur des centaines de pages les limitations imposées au programme nucléaire iranien, le texte de 2026 apparaît beaucoup plus souple et laisse de nombreuses questions en suspens.
Pour l’administration Trump, l’enjeu n’est toutefois plus uniquement nucléaire. Après des mois de tensions et trois mois et demi de guerre, la priorité est devenue d’éviter une escalade régionale susceptible d’embraser durablement le Moyen-Orient. Dans cette perspective, le protocole peut être considéré comme un instrument de désescalade davantage que comme un véritable accord de non-prolifération.
Reste que la comparaison avec 2015 est difficile à éviter. L’accord négocié sous Barack Obama imposait à l’Iran des contraintes beaucoup plus lourdes, beaucoup plus précises et beaucoup plus facilement vérifiables. Le protocole signé cette semaine marque au contraire un déplacement du centre de gravité des négociations : la recherche de stabilité régionale semble désormais primer sur la volonté de contenir strictement le programme nucléaire iranien.
C’est sans doute la principale ironie de cette séquence diplomatique. Huit ans après avoir dénoncé le « pire accord jamais négocié », Donald Trump se retrouve confronté à une critique inverse : avoir accepté un texte que beaucoup d’experts jugent bien plus favorable à Téhéran que celui qu’il avait lui-même enterré. L’art du mauvais deal en quelque sorte…