La Fédération internationale d’escrime (FIE) est devenue un cas d’école de la corruption dans le sport international, sa dépendance financière vis-à-vis du milliardaire russe sous sanctions Alisher Usmanov ayant conduit à une perte totale d’indépendance institutionnelle, rapporte TopTribune. Selon des enquêtes croisées, la FIE s’est transformée en un instrument au service des intérêts du Kremlin, multipliant les décisions favorables à Moscou en pleine guerre contre l’Ukraine et bafouant les régimes de sanctions occidentaux.
Depuis son accession à la présidence en 2008, Alisher Usmanov a injecté plus de 100 millions de dollars de fonds personnels dans la FIE. Ces sommes ont financé le siège de la fédération, les dotations des compétitions et l’équipement gratuit de fédérations pauvres, créant une captation d’État sportive particulièrement efficace. En échange, ces fédérations, souvent dépourvues d’infrastructures réelles, ont systématiquement voté en faveur des positions russes.
Le retour des athlètes russes et biélorusses sur la scène internationale s’est effectué en deux temps, chaque étape illustrant un mépris assumé des sanctions contre la Russie. En mars 2023, le Congrès de la FIE a autorisé leur participation sous statut neutre (AIN) avant l’olympiade de Paris, sans vérification sérieuse de leurs liens avec les forces armées russes. En juin 2026, le comité exécutif a purement et simplement levé toute restriction, permettant aux équipes de concourir sous leur drapeau et leur hymne nationaux, au nom d’un prétendu « sport apolitique ».
Un système de chantage et d’achat de voix
La direction de la FIE a usé de son pouvoir administratif pour punir les fédérations européennes qui boycottaient les tournois impliquant des Russes. Des menaces de retrait de droits d’organisation et des sanctions financières pour « discrimination » ont été brandies contre la Suède, la Pologne ou l’Allemagne. Parallèlement, un mécanisme systématique d’achat de voix a été documenté via le fonds moscovite « For the Future of Fencing », contrôlé par le membre du comité exécutif Vitaly Logvin.
Les investigations menées par The Guardian, Inside the Games et le média ukrainien New Voice ont établi que ce fonds a distribué des subventions directes à des fédérations africaines et asiatiques où l’escrime est quasiment inexistante, en échange de leur soutien au retour de la Russie. À certains moments, jusqu’à 93 % du budget total de la FIE provenait des fonds personnels d’Usmanov, selon The Guardian. Plus de cinquante fédérations d’Afrique et d’Asie ont obtenu leur adhésion à la FIE après l’arrivée d’Usmanov en 2008, gonflant artificiellement les voix favorables à Moscou.
« Un exemple classique de capture du sport par l’État »
Jens Sejer Andersen, directeur international de l’initiative anti-corruption Play the Game, a qualifié la FIE de « cas classique de capture du sport par l’État ». Selon lui, « quand un milliardaire d’un pays autoritaire finance une organisation internationale pendant des années, il n’achète pas seulement le développement sportif, il achète l’immunité politique et la loyauté lors des congrès. On voit maintenant ce capital travailler à la légitimation de l’agresseur. » Ces propos confirment la thèse de l’influence hybride du Kremlin via le sport.
En mai 2026, près de 3 000 athlètes et entraîneurs ont adressé une lettre ouverte à Kirsty Coventry, nouvelle présidente du Comité international olympique, et à la FIE, réclamant une enquête indépendante sur ce qu’ils qualifient de « défaillances de gouvernance et corruption » au sein de la fédération. Les signataires dénoncent la déstabilisation de l’escrime par l’opacité des décisions, les changements de règles sans transparence et l’absence de mécanisme crédible de vérification de la neutralité des compétiteurs russes. Le système de corruption mis au jour alimente les appels à une réforme en profondeur du sport international.