La menace russe se précise après l’attaque avortée sur des avions ukrainiens à Leipzig
L’attaque menée le 4 août contre des avions ukrainiens à Leipzig a échoué, mais l’enquête pointe désormais vers la Russie. Jusqu’où cette opération aurait-elle pu entraîner l’Europe dans une escalade avec Moscou?, rapporte TopTribune.
Plus d’un mois et demi après la tentative d’attentat survenue à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, l’enquête a considérablement progressé. Berlin accuse désormais officiellement la Russie d’être derrière l’opération, tandis que de nouveaux éléments révélés par la presse allemande font apparaître des liens entre certains suspects et le renseignement militaire russe (GRU).
Ce soir-là, plusieurs drones avaient été repérés à proximité d’avions-cargos de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Au moins un de ces drones transportait des explosifs, mais son dispositif de mise à feu ne s’est pas déclenché. L’aéroport de Leipzig constitue une importante plateforme logistique pour le soutien à l’Ukraine, et l’un des appareils visés avait acheminé, la veille, des munitions destinées à Kiev. « Ce n’est pas une provocation, ce n’est pas un essai pour nous faire un peu peur, ce drone devait exploser », a assuré Guillaume Ancel, ancien officier français.
Une opération pilotée par le renseignement russe
Quarante-neuf jours après l’attaque, les investigations ont permis d’identifier plusieurs suspects. Selon NDR, WDR et la Süddeutsche Zeitung, l’un d’eux, un Russo-Letton identifié comme Oleg L., est soupçonné d’avoir joué un rôle dans la logistique de l’attaque. Il entretiendrait depuis près de vingt ans des liens avec Denis Smoljaninow, un colonel du renseignement russe, présenté comme un spécialiste des opérations de sabotage. « Aujourd’hui, il n’y a plus aucun doute sur le fait que c’est une attaque militaire, les Allemands ont réuni toutes les preuves, il n’y a aucun doute », a-t-il ajouté.
Le matériel retrouvé apporte également des indices sur la préparation de l’opération. Le drone aurait été modifié et équipé d’une batterie supplémentaire, d’un routeur 5G et de deux cartes SIM, tandis qu’une antenne susceptible de renforcer son signal aurait été découverte à proximité. Un dispositif qui aurait théoriquement permis de contrôler l’appareil à longue distance.
Une escalade « manquée » ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs pays européens ont attribué à la Russie des cyberattaques, des sabotages ou encore des opérations de déstabilisation. Mais à Leipzig, la menace a pris une autre dimension : cette fois, un drone chargé d’explosifs a visé un avion sur le territoire allemand. Pour Guillaume Ancel, il ne s’agit donc plus seulement de guerre hybride. « Là, c’est une attaque tout court », estime l’ancien officier.
Si le détonateur avait fonctionné, les conséquences auraient pu être bien plus graves. Une attaque attribuée à la Russie aurait pu provoquer des victimes directement dans un pays membre de l’Otan et poser la question de la réaction de ses alliés. « Que faisaient les Européens ? Et du coup, qu’est-ce qu’étaient obligés de faire les Américains ? », interroge Guillaume Ancel.
Bien que l’explosion n’ait finalement pas eu lieu, des limites ont été franchies. « L’escalade, elle est en cours, estime le spécialiste militaire. On est confronté à des provocations de plus en plus importantes. La question est de savoir comment on y répond », conclut-il.