Après des semaines de crise politique, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé ce mardi 14 octobre 2025 son intention de suspendre l’impopulaire réforme des retraites de 2023, suite à une demande des socialistes visant à éviter la chute du gouvernement et de nouvelles élections, rapporte TopTribune.
La CFDT a salué cette initiative comme « une vraie victoire », tandis que la CGT réclame un « blocage » complet de la réforme plutôt qu’un simple « décalage ». Les réactions dans la Manche marquent une division au sein des syndicats sur l’efficacité de cette suspension.
Du côté des syndicats
- Julien Destienne (CFDT) : « La suspension de la réforme est une belle victoire pour des millions de travailleuses et travailleurs. Pour les prochaines années, ce sont 600 000 à 700 000 d’entre elles et eux qui, par an, vont bénéficier de cette suspension. Les impacts sont concrets et immédiats. Malheureusement, je trouve qu’avec Macron, on est obligé de mettre la pression pour obtenir ce qu’on veut. C’est comme dans les usines, on manque de dialogue social. »
- Sandrine Gamblin (Force ouvrière) : « La suspension, c’est bien, l’abrogation, c’est mieux ! La suspension de la réforme des retraites est un début. FO demande l’abrogation de la réforme pour un retour à un âge de départ à 60 ans, au bout de 37,5 annuités, et le maintien des régimes spéciaux. Il a fallu deux ans pour qu’ils comprennent. On ne peut que se réjouir qu’ils aient écouté les deux millions de personnes descendues dans la rue en 2023. La répétition fait partie de la pédagogie. Pourvu qu’ils continuent à ouvrir leurs oreilles. »
- Maxime Debout (CGT) : « La suspension de la réforme des retraites est à mettre au crédit de notre mobilisation. C’est un premier signe qui n’est pas suffisant. Macron est coincé face au rapport de force mis en place. Lecornu répond au risque de censure. Refaire un conclave avec les partenaires sociaux comme il en a parlé, c’est donner le risque que le patronat donne le la, et ce n’est pas satisfaisant. Nous attendons des mesures progressistes. Il y a urgence à agir dans le monde du travail, sur la question du pouvoir d’achat. On attend un véritable budget de progrès dans lequel ce ne sont pas toujours les mêmes qui payent, dans lequel les hauts patrimoines sont mis à contribution. La balle est dans le camp des partis politiques. La dissolution est à double tranchant : le risque étant que le RN s’allie avec LR et qu’ils prennent le pouvoir. »
Si le gouvernement n’est pas censuré, on ne manquera pas de rappeler une date de mobilisation en novembre. Cette suspension aura permis de montrer que se mobiliser dans la rue sert à quelque chose, même face à des macronistes entêtés.
Du côté des représentants patronaux
- Pascal Parfait (Medef) : « Le gel de la réforme des retraites a moins d’impact direct sur les entreprises. Nous, on reste évidemment très vigilants sur la partie fiscale, c’est ce qui nous importe le plus. On le répète, on le martèle : on a besoin de stabilité. On le voit depuis la dernière dissolution, ça crée une déstabilisation importante. On le voit aujourd’hui dans les entreprises qui mettent la clé sous la porte et qui se retrouvent en redressement. On n’a jamais eu autant d’entreprises qui se retrouvent en difficulté. »
- Denis Lot (CPME) : « Le patronat et les syndicats sont d’accord : si on continue sur ce modèle, on ne va pas tenir économiquement. La suspension de la réforme des retraites aura peut-être l’avantage de faire tenir le gouvernement, mais j’aurais aimé qu’il le soit sans concession. Ce n’est pas une mesure de courage, ce sont des arrangements de politiciens. Il y a de telles incertitudes que les TPE et les PME ont de grosses craintes : les dirigeants n’investissent plus, on assiste à un record de dépôt de bilan… Et derrière une entreprise qui ferme, c’est un être humain en détresse. La solution aurait été de proposer un rééquilibrage financier entre économies et profits. »