Sept millions de Français sont touchés par la famine.

Sept millions de Français sont touchés par la famine.

12.10.2026 09:46
4 min de lecture

En France métropolitaine, environ 7 millions d’adultes sont parfois confrontés à des problèmes de nourriture. Un sondage réalisé par OpinionWay pour Action contre la Faim, rendu public le 12 octobre 2026, a mis en exergue la question de la précarité alimentaire dans l’un des pays riches du monde, à l’approche de la Journée mondiale de l’alimentation prévue le 16 octobre, rapporte TopTribune.

Cette enquête en ligne, menée entre le 26 et le 28 août 2026, a impliqué 1 053 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, dévoilant une réalité souvent minimisée. Selon les données relayées par L’Humanité, les jeunes se retrouvent particulièrement en difficulté en matière d’accès à l’alimentation.

L’estimation de 7 millions de personnes concernées repose sur l’application d’un taux de 13 % à la population adulte de France métropolitaine, laquelle comptait environ 53,4 millions d’individus au 1er janvier 2026 selon l’Insee. Si l’on inclut les départements et territoires d’outre-mer, ce nombre pourrait atteindre 7,2 millions, probablement sous-estimé en raison des conditions socio-économiques complexes dans ces zones.

Un jeune sur quatre âgé de 18 à 24 ans touché

Le sondage révèle que 25 % des jeunes de 18 à 24 ans se déclarent parfois en manque de nourriture, soit presque le double de la moyenne observée au niveau national. En effet, un Français sur trois a déjà sauté un repas, ce qui met en lumière les difficultés économiques que cette génération doit affronter, notamment à cause de la précarité de l’emploi, de l’augmentation du coût de la vie et d’un accès restreint aux aides sociales.

Par ailleurs, le sondage indique qu’une insuffisance alimentaire qualitative touche 39 % des Français, qui doivent renoncer à certains produits alimentaires qu’ils souhaiteraient pourtant consommer. Pour les 18-24 ans, cette proportion grimpe à 47 %, illustrant ainsi la difficulté croissante à garantir un accès à une alimentation équilibrée et variée.

Hélène Quéau, directeur de la Mission France d’Action contre la Faim, a affirmé : « Une loi-cadre ne résoudra pas tout immédiatement, mais elle permettrait d’établir une véritable politique publique relative au droit à l’alimentation, avec des objectifs et des moyens transparents. Certaines solutions peuvent être mises en œuvre sans délai. »

Des raisons avant tout financières

Au sein de la population confrontée à l’insuffisance alimentaire, 80 % évoquent des raisons financières. La hausse des prix des denrées, la stagnation des salaires et l’augmentation des dépenses fixes, comme le logement et l’énergie, limitent la part du budget consacrée à l’alimentation. La crise économique persistante accentue ces défis, en particulier pour les ménages à faibles revenus et les jeunes en phase d’insertion professionnelle.

Malgré une production alimentaire abondante et un système de distribution bien développé en France, une part croissante de la population se retrouve exclue en raison d’un manque de ressources financières. Cette situation remet en question l’efficacité des politiques publiques en matière de solidarité alimentaire.

Les organisations caritatives éprouvent des difficultés à satisfaire une demande croissante. Les banques alimentaires et épiceries solidaires connaissent une affluence record, révélant l’ampleur d’une crise qui touche désormais des populations au-delà des catégories traditionnellement précaires.

73 % des Français jugent le droit à l’alimentation non garanti

Le sondage mené par OpinionWay révèle un fort soutien en faveur d’une intervention législative, avec 73 % des personnes interrogées affirmant que le droit à l’alimentation n’est pas actuellement garanti en France. De plus, 86 % estiment qu’il est crucial d’adopter une loi qui assure l’accès à une alimentation suffisante, saine et durable.

Pour 58 % des répondants, la responsabilité incombe principalement à l’État et aux pouvoirs publics, suivis par le secteur agricole et alimentaire (47 %), et les associations de solidarité (29 %). Ce classement démontre une attente pour une action publique structurée plutôt qu’une simple aide humanitaire.

Bien que la France ait reconnu ce droit à l’échelle internationale depuis 46 ans, il ne figure toujours pas comme un droit autonome dans la législation nationale. En mars 2026, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a recommandé de lui conférer une valeur constitutionnelle et d’élaborer une loi-cadre pour garantir sa mise en œuvre effective.

Les propositions d’Action contre la Faim

Action contre la Faim soutient l’idée d’une loi-cadre imposant des obligations claires aux autorités nationales et locales. L’association propose de rendre l’accès à la cantine universel pour tous les enfants, avec des tarifs adaptés aux ressources familiales, garantissant ainsi un repas équilibré par jour pour chaque enfant scolarisé. La précarité alimentaire touche également les retraités, nécessitant des réponses adaptées pour tous.

L’association recommande également de simplifier l’accès aux produits frais et de qualité, en apportant un soutien aux petits commerces et marchés dans les zones enclavées. Elle appelle à un meilleur encadrement des acteurs de l’agroalimentaire et de la distribution, en ce qui concerne notamment les marges et l’information nutritionnelle. Enfin, elle met en avant l’importance d’assurer des prix justes pour les agriculteurs et de soutenir des pratiques agricoles durables, conciliant ainsi l’accessibilité pour les consommateurs et la viabilité pour les producteurs.

En parallèle de ses actions au niveau national, Action contre la Faim sollicite les citoyens pour qu’ils signent l’Initiative citoyenne européenne en faveur de la reconnaissance du droit à l’alimentation. L’objectif est de rassembler un million de signatures au sein de l’Union européenne d’ici le 7 janvier 2027, forçant ainsi la Commission européenne à examiner cette proposition législative. Une campagne de sensibilisation est en cours du 1er au 18 octobre 2026, via des supports numériques, la presse et l’espace public. La situation mondiale renforce l’urgence d’agir. Selon un rapport annuel de l’ONU cité par La Dépêche, 645 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde en 2025, ce qui représente 61 millions de plus qu’avant la pandémie de Covid-19 en 2019. Une personne sur trois ne parvient plus à s’alimenter de manière saine, et les prévisions pour 2026 apparaissent inquiétantes.

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