Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réussi à passer la séquence budgétaire sans être censuré, lui permettant de jeter un œil sur les mois à venir. Cependant, il doit toujours composer avec l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, et la campagne présidentielle se profile à l’horizon, rapporte TopTribune.
Après l’adoption définitive du budget le 2 février, suite à l’échec des motions de censure, le Premier ministre espère prolonger son mandat jusqu’à l’élection présidentielle. « Si on passe le budget, on augmente nos chances d’aller jusqu’au printemps 2027 », a confié un ministre. Néanmoins, un autre membre du gouvernement tempérait : « Le risque de censure est permanent. On a appris à vivre avec. »
La situation politique demeure inchangée. « Nous avons une triple contrainte : pas de temps, pas d’argent, pas de majorité », résume un conseiller proche de l’exécutif. Avec l’échéance de la présidentielle qui se rapproche, les marges de manœuvre sont réduites, et l’activité parlementaire sera suspendue pendant la campagne municipale prévue du 2 au 22 mars. Un ministre se lamente : « La situation politique au Parlement empêche les grandes réformes. Rien ne passera », tout en assurant que cela ne signifie pas qu’aucune action ne sera entreprise.
Dans ce contexte complexe, Sébastien Lecornu se fixe pour objectif d' »être utile ». « Il ne faut pas promettre le grand soir et mentir aux gens, tout ne passera pas par le législatif », affirme un conseiller. Les priorités incluent l’énergie, l’agriculture, la défense, et la décentralisation, certains sujets ne pouvant attendre 2027. La semaine prochaine, le Premier ministre doit rencontrer les présidents des groupes politiques pour définir l’agenda parlementaire.
Répondre à l’urgence agricole
L’urgence agricole est sur le devant de la scène depuis plusieurs semaines, mobilisant l’action du gouvernement face à la colère des agriculteurs. Sébastien Lecornu, particulièrement attentif aux effets de l’accord entre l’UE et le Mercosur, a rencontré les syndicats agricoles à plusieurs reprises. Le 30 janvier, il s’est rendu en Eure-et-Loir pour visiter une exploitation et y a annoncé des mesures, telles que le renforcement de l’approvisionnement local pour les commandes publiques alimentaires et une mission parlementaire pour valoriser les filières locales, dans le but d’apaiser les tensions avant le Salon de l’Agriculture fin février.
Les échanges avec les agriculteurs au Salon seront cruciaux pour le projet de loi « d’urgence agricole », devant être examiné au Parlement « avant l’été ». Lecornu a précisé que ce texte abordera des priorités telles que l’eau, la prédation et les moyens de production.
Lancer un projet de loi sur la décentralisation
Le Premier ministre a également annoncé une réforme de décentralisation, visant à « renforcer le pouvoir local ». « Il ne faut pas décentraliser des compétences, il faut décentraliser des responsabilités », a-t-il déclaré lors de sa déclaration de politique générale le 14 octobre. Bien que l’examen du texte ait été repoussé, une réunion avec les ministres concernés a eu lieu fin janvier pour discuter des arbitrages à rendre.
Le projet de loi comportera plusieurs volets selon les informations disponibles, portant sur la simplification administrative, le conseiller territorial, l’allocation sociale unique et la clarification des compétences à divers niveaux administratifs.
Lutter contre les fraudes sociale et fiscale
Le gouvernement prévoit également un projet de loi pour lutter contre les fraudes sociale et fiscale, un chantier initié par l’ancienne ministre Catherine Vautrin. Ce texte institue de nouveaux moyens de détection, impose des sanctions renforcées, et améliore le partage d’informations entre administrations. L’exécutif espère récupérer plus de deux milliards d’euros à partir de 2026 grâce à ce plan.
Le Sénat a récemment adopté une version renforcée du projet de loi, qui sera discutée à l’Assemblée nationale du 24 au 27 février.
Trouver une voie sur les ZFE
La loi sur la simplification et la controversial mesure de suppression des zones à faibles émissions (ZFE) n’a pas été mise au vote comme prévu à l’Assemblée le 26 janvier. Ce projet de loi, en gestation depuis deux ans, vise à simplifier la vie administrative des entreprises. Les débats au Parlement se sont envenimés autour de cette mesure. En réponse, le ministre des Relations avec le Parlement a déclaré que le vote devait être reporté après les élections municipales afin de trouver un consensus.
Tenter de résoudre la crise du logement
La crise du logement reste une priorité. Lors d’une visite à Rosny-sous-Bois le 24 janvier, Sébastien Lecornu a fixé l’objectif de construire deux millions de logements d’ici 2030. Plusieurs mesures ont été annoncées, dont un soutien financier aux bailleurs sociaux et une simplification des projets immobiliers.
Le gouvernement souhaite également promouvoir le nouveau « statut du bailleur privé », qui permettrait des déductions fiscales pour les particuliers ayant des biens locatifs.
Faire voter le texte sur la fin de vie
Sébastien Lecornu devra aussi faire avancer le texte sur la fin de vie, rejeté par le Sénat en janvier. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a exprimé son souhait de voir cette législation adoptée avant l’été. Les députés reprendront l’examen de cette proposition le 16 février.
Construire le budget 2027
Finalement, l’élaboration du budget 2027 est déjà en cours, malgré son examen qui ne débutera qu’en octobre. Lecornu, ayant acquis de l’expérience dans ce domaine, doit naviguer dans un environnement politique compliqué à quelques mois de la présidentielle, avec des défis qui s’annoncent difficiles à gérer.