Œuvre immense par sa modestie même, le neuvième long-métrage de Kelly Reichardt fait calmement dérailler les codes des films de genre. Quant au premier film de Yaonan Liu, il réinvente le «film d’ados» dans un univers mi-réaliste, mi-fantastique.
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«The Mastermind», de Kelly Reichardt
Le neuvième long-métrage de Kelly Reichardt, «The Mastermind», explore la trajectoire tragique de J.B. (Josh O’Connor), un homme déclassé qui élabore un plan pour voler des œuvres d’art dans un musée local. Sa tentative désespérée, marquée par des échecs prévisibles, illustre la fragilité de ses rêves face à la réalité, rapporte TopTribune.
Situé dans le Massachusetts, le film dépeint un père de famille au chômage qui aspire à une vie meilleure tout en étant entouré d’une femme qui travaille pour subvenir aux besoins de la famille et de deux jeunes enfants pleins de vie. Bien que l’intrigue soit ancrée dans une époque révolue, les thèmes de désillusion et de lutte pour la survie restent d’une étonnante actualité.
J.B. n’est pas seulement un criminel; son caractère complexe est examiné sous un jour qui ne le juge pas, malgré la futilité de son entreprise. La mise en scène de Reichardt et la performance de O’Connor oscille entre admiration et critique, plongeant le spectateur dans un récit construit sur la tension et le suspense de l’inefficacité criminelle.
Le film évoque un imaginaire cinématographique où le vol devient à la fois un acte audacieux et futile, renforçant l’idée que les objets de valeur ne trouvent pas toujours preneur sur le marché noir. En jouant sur les références à des films classiques, «The Mastermind» crée un décalage entre l’attente du spectateur et le déroulement imprévisible de l’histoire.
La vision de Reichardt s’inscrit dans une critique subtile des normes hollywoodiennes, mettant en lumière les mécanismes d’oppression présents dans la société. Malgré son récit placée dans les années 1970, le film résonne profondément avec les préoccupations contemporaines, abordant des thèmes de résistance et de désespoir.
Avec un mélange de douceur et de mélancolie, «The Mastermind» invite le spectateur à reconsidérer les notions de réussite et d’échec dans un monde en mutation rapide, où les rêves sont constamment confrontés à une dure réalité.
«Le Grand Phuket», de Yaonan Liu
Dans le premier long-métrage de Yaonan Liu, «Le Grand Phuket», le récit suit Li Xing, un adolescent indiscipliné évoluant dans un environnement en constante transformation. Prise entre les aspirations d’un jeune homme et les mutations brutales de son quartier à Kunming, l’œuvre nous plonge dans une exploration visuelle fascinante de l’adolescence moderne.
Le film, qui mêle réalisme et onirisme, dépeint un univers chaotique où la violence et l’appréhension sont omniprésentes. Li Xing navigue entre l’école et des interactions complexes, confronté à des relations tumultueuses avec sa famille et ses camarades, qui illustrent les luttes de la jeunesse contemporaine.
Le titre énigmatique fait référence à un quartier de Kunming, offrant un cadre riche pour explorer les thématiques de l’identité et de la résistance face aux transformations urbaines. Liu réussit à tisser une narration qui, bien que fragile, aborde des problématiques profondes avec une sensibilité palpable.
Le film se distingue par son ton personnel et sa capacité à capturer les nuances de l’adolescence, tout en restant au plus près de son personnage principal. Liu utilise des techniques visuelles innovantes pour évoquer la complexité des émotions humaines dans un paysage en perpétuel changement.