Renoncement à l’article 49.3 : Sébastien Lecornu face à la division de la gauche
Le 3 octobre 2025, quelques minutes avant une rencontre avec le Rassemblement National (RN) et le Parti Socialiste (PS), le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’il renonçait à l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution, déclarant que les oppositions n’ont donc plus « aucun prétexte » pour censurer le gouvernement avant le début des débats parlementaires sur le budget, rapporte TopTribune.
Dès lors que le gouvernement ne peut plus être en situation d’interrompre les débats, il n’y a donc plus aucun prétexte pour que ces débats (parlementaires) ne démarrent pas la semaine prochaine. […] Il faut que chaque député puisse avoir du pouvoir [et] puisse prendre ses responsabilités.
Cette annonce a principalement eu pour effet de diviser encore un peu plus la gauche, tandis que la menace de censure plane sur un gouvernement toujours pas nommé après plus de trois semaines.
Une décision qui divise à gauche
La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a salué « cet acte de confiance envers la représentation nationale » et a appelé chaque parlementaire « au débat apaisé et constructif ». Cette annonce a également été bien accueillie par le leader du Parti communiste Fabien Roussel, qui a jugé « raide » de censurer un gouvernement qui renonce au 49.3, une proposition défendue par la gauche qui « rend la balle » au Parlement.
Cependant, le chef de file des députés socialistes Boris Vallaud n’a pas estimé ce renoncement suffisant, soulignant que le gouvernement dispose d’autres outils constitutionnels pour « caporaliser » le Parlement et déplorant l’absence de compromis proposé par Sébastien Lecornu.
Le coordinateur national de La France Insoumise (LFI), Manuel Bompard, reste inflexible, avec l’intention de déposer une motion de censure « dès la nomination » du gouvernement.
Sébastien Lecornu vient sceller aujourd’hui la dernière pierre de son accord avec l’extrême droite pour faire voter à l’Assemblée Nationale un budget macrolepeniste.
Le rapporteur LFI du budget à l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, a estimé que cette « alliance macronistes/RN à l’Assemblée » allait « se poursuivre pendant le budget », affirmant qu’il « faut censurer tout ça ».
Le RN, maître du jeu de la future censure
Si Sébastien Lecornu ne parvient pas à dissuader le PS d’une censure, promise par tous les autres partis de gauche, son sort pourrait être entre les mains de l’extrême droite, le RN détenant le plus gros groupe à l’Assemblée nationale, où le Premier ministre, comme ses prédécesseurs, est privé de majorité.
Marine Le Pen a réagi à cette annonce, saluant un pas « respectueux pour la démocratie » et se réjouissant d’un « pouvoir supplémentaire » accordé aux députés.
Néanmoins, elle n’a pas tranché sur la censure, déclarant qu’elle attendait le discours de politique générale du Premier ministre pour déterminer « s’il existe une rupture ou pas ».
Pour le Rassemblement national, c’est la rupture ou la censure.
Avec AFP.