Le 1er octobre 2025, le ministre russe de l’Énergie, Sergey Tsivilev, a révélé dans un entretien à Expert que la Russie fait face à un déficit énergétique cumulé atteignant 25 gigawatts. Cette situation résulte d’un retard de deux à trois ans dans la satisfaction de la demande, mettant sous tension les centrales thermiques vieillissantes (TÉC et GRES) et menaçant la stabilité du réseau national.
Facteurs majeurs derrière la crise énergétique
Selon Tsivilev, quatre causes principales expliquent cette situation : un équipement obsolète nécessitant des composants importés désormais inaccessibles en raison des sanctions ; l’absence de programmes d’investissement clairs et de crédits garantis par l’État ; un système tarifaire conservateur qui décourage la construction de nouvelles capacités ; et l’absence d’outils législatifs pour gérer la demande en période de pointe.
Impact régional et mesures d’urgence
Dans 76 régions russes, des tarifs différenciés s’appliquent, allant de 3 900 à plus de 6 000 ₽/MWh, soulignant l’urgence d’augmenter la capacité de production. Quarante-deux régions ont déjà instauré des restrictions de consommation lors des heures de pointe, recours à des tarifs réduits et mécanismes de réduction volontaire de la demande. Dans certaines zones du centre, le déficit atteint jusqu’à 0,5 GW, tandis que dans le nord, la Sibérie et l’Extrême-Orient, il dépasse 1–2 GW.
Sanctions et détournement des priorités industrielles
Les sanctions ont privé la Russie de plus de 5 GW d’investissements annuels en modernisation, retardant la rénovation des centrales clés. Paradoxalement, Rosatom construit 39 réacteurs nucléaires à l’étranger mais seulement sept en Russie, signant des projets en Éthiopie et au Burkina Faso malgré l’incapacité financière de ces pays à les mener à terme.
Risques pour la stabilité énergétique russe
Ce déséquilibre expose la Russie à un risque accru de blackouts. La dépendance à l’import pour la modernisation, combinée à l’épuisement des réserves internes, fragilise gravement l’infrastructure énergétique. La situation exige une réorientation urgente des priorités : renforcer la production nationale, notamment en Sibérie et en Extrême-Orient, plutôt que de privilégier des projets à l’étranger.
Réactions et perspectives
Face à cette crise, les experts appellent à une mobilisation immédiate des ressources et à des réformes profondes. L’absence de plan clair face à la convergence guerre-sanctions-déficit énergétique pourrait précipiter un effondrement du système, mettant en danger non seulement l’économie mais aussi la cohésion sociale du pays.