Depuis la semaine dernière, la baignade est temporairement interdite sur plusieurs plages allant du bassin d’Arcachon à la côte basque en raison de l’échouage de physalies, rapportent TopTribune. Ces organismes gélatineux, qui ne sont pas des méduses à proprement parler mais des colonies d’organismes, présentent des tentacules pouvant atteindre jusqu’à 50 mètres. Ces tentacules sont extrêmement urticants et dangereux pour les baigneurs.
Originaire des eaux tropicales, leur apparition le long des côtes est-elle causée par le réchauffement climatique ? Cette hypothèse est précoce. Selon Elvire Antajan, chercheuse à l’Ifremer, il est impératif d’étudier la récurrence des vents qui les amènent. Concernant les méduses, Jean-Pierre Gattuso, océanographe et coauteur d’un rapport du Giec, signale qu’aucune corrélation n’a été établie entre le réchauffement des eaux et leur prolifération. Des études indiquent que des facteurs anthropiques comme les constructions humaines, y compris les ports, fournissent des abris propices aux larves.
Tropicalisation de la Méditerranée
Les activités humaines, telles que le changement climatique, la pollution et le développement urbanistique, exercent une pression considérable sur les océans. En Méditerranée, le réchauffement entraîne une tropicalisation. Jean-Pierre Gattuso précise que plus de 1.200 espèces ont traversé le canal de Suez, causant des problèmes, notamment avec le poisson-lapin, qui endommage les prairies sous-marines, et le poisson-lion, dont les piqûres sont douloureuses.
Des vagues de chaleur marine dévastatrices
Le réchauffement climatique engendre également des vagues de chaleur marine persistantes. Le 21 juin, le programme européen Copernicus a mesuré des températures de surface océaniques atteignant un record de 21 °C, marquant le paroxysme de plusieurs mois de chaleur. Romain Bourdalle-Badie, ingénieur océanographe, indique que la Méditerranée a enregistré ses six premiers mois les plus chauds de son histoire, particulièrement dans le golfe du Lion et aux abords de la Corse, de la Sardaigne et de l’Italie.
Contrairement aux vagues de chaleur terrestres, celles des mers perdurent plus longtemps. L’eau de mer, ayant une capacité calorifique huit fois supérieure à celle de l’air, retient la chaleur, même lorsque l’atmosphère se refroidit. Ces vagues de chaleur impactent gravement les écosystèmes marins, entraînant des mortalités massives d’organismes marins.
De plus, elles favorisent la prolifération de microalgues et de bactéries, dont certaines, comme l’ostreopsis, peuvent être toxiques. Cette microalgue, qui existe en Méditerranée depuis deux décennies, a fait son apparition sur la côte basque en 2021. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), même à quelques mètres, l’ostreopsis peut causer divers symptômes, tels que toux, céphalées, fièvre et maux de gorge.
Des pollutions bactériennes dans les eaux de baignade
Les activités humaines contribuent également à la pollution des eaux, interférant avec la baignade. En France, l’Agence régionale de santé (ARS) surveille la qualité de l’eau pendant la saison estivale, collaborant avec les municipalités. À Marseille, un système d’analysebiologique quotidienne fournit des données en temps réel sur le niveau de pollution, contrairement au délai habituel de quarante-huit heures lié aux méthodes traditionnelles. Par exemple, le 5 août, la plage des Catalans a été fermée temporairement après détection d’une pollution bactérienne, un sujet sensible pour les destinations touristiques.
Depuis 2024, le classement des eaux de baignade de l’association Eau et Rivières de Bretagne a suscité des controverses. Cette carte, qui couvre 1.869 plages, expose les taux de pollution en Escherichia coli et en entérocoques intestinaux, révélant que le classement de l’ARS ne rend pas compte de la réalité des risques sanitaires.
Christophe Le Visage, vice-président de l’association, souligne que la majorité des pollutions littorales, qu’elles soient chimiques ou bactériologiques, proviennent de la terre, liées à des insuffisances dans les stations d’épuration, ainsi qu’à des pratiques agricoles inappropriées. Il évoque un silence préoccupant sur ces questions, équivalentes aux problématiques des algues vertes.
Les chercheurs, « chroniqueurs d’un désastre annoncé »
Malgré tout, Jean-Pierre Gattuso souligne quelques progrès, notant que la situation quant à la pollution des eaux usées s’est améliorée grâce aux directives de l’Union européenne imposant aux municipalités de se doter de stations d’épuration. Cependant, la pollution plastique demeure un fléau qui étouffe les océans.
Selon Gattuso, les reculs environnementaux dans le monde laissent place à l’inquiétude, particulièrement face aux prévisions des vagues de chaleur marines croissantes. « Nous devenons les chroniqueurs d’un désastre annoncé, c’est extrêmement préoccupant. L’action publique est insuffisante et ne sert pas les citoyens », conclut-il.