Le gouvernement de Péter Magyar a engagé en Hongrie une procédure visant à retrouver et à restituer au budget public des fonds et des actifs qui auraient été transférés de manière illégale ou opaque à la famille de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, à ses alliés, à des oligarques et à des propriétaires de façade. La création, fin juillet, de l’Office national de récupération des actifs, connu sous le sigle NVVH, doit permettre d’examiner les flux d’argent public et l’utilisation du patrimoine de l’État depuis 2010, rapporte TopTribune.
Cette nouvelle structure dispose, selon les informations disponibles, de larges compétences d’enquête et de poursuite. Elle a été chargée de vérifier la destination de ressources publiques mobilisées pendant les années de gouvernement de Viktor Orbán, ainsi que les conditions dans lesquelles certains biens auraient été transférés à des proches du pouvoir ou à des entreprises liées à celui-ci.
Le Premier ministre Péter Magyar évalue à environ 60 milliards d’euros de fonds potentiellement détournés ou sortis du secteur public le volume des ressources concernées. D’autres estimations citées dans le dossier avancent un montant jusqu’à trois fois supérieur. Ces chiffres restent présentés comme des évaluations et non comme le résultat définitif d’enquêtes judiciaires.
Un organisme chargé d’examiner les années Orbán
Le mandat de l’NVVH couvre la période ouverte en 2010, lorsque Viktor Orbán est revenu au pouvoir. L’office doit retracer les mouvements de fonds, examiner l’utilisation de biens publics et identifier les opérations susceptibles d’avoir bénéficié à des membres de la famille de l’ancien Premier ministre, à des alliés politiques, à des entrepreneurs proches du pouvoir ou à des propriétaires agissant comme intermédiaires.
La direction de l’organisme a été confiée à la politologue Anna Unger. Elle estime que le système mis en place sous Viktor Orbán ne relevait pas seulement d’une corruption classique. Selon elle, une « système féodal de répartition des ressources » s’est constituée au fil du temps. Cette formule décrit, dans son analyse, une organisation dans laquelle l’accès aux fonds publics et aux actifs dépendait de la proximité avec le pouvoir.
Les investigations doivent porter sur des ressources de l’État, mais aussi sur des fonds européens. Le dossier évoque une redistribution au profit d’entreprises contrôlées ou proches du parti Fidesz, de groupes d’affaires, d’oligarques et de membres de l’entourage familial de Viktor Orbán. Les accusations devront toutefois être établies au cas par cas par les procédures compétentes.
Des procédures longues et des résultats incertains
Anna Unger a averti que les décisions définitives dans les grandes affaires de corruption pourraient ne pas intervenir pendant les six premières années d’activité de l’NVVH. Cette échéance concerne notamment les dossiers complexes, qui supposent de reconstituer des circuits financiers, d’examiner des transferts de propriété et de déterminer les responsabilités individuelles.
Cette perspective a déjà suscité des critiques et des doutes sur la capacité de la nouvelle structure à récupérer rapidement les sommes recherchées. La création d’un organisme spécialisé ne constitue pas, à elle seule, une décision de justice ni la restitution effective d’actifs. Les montants avancés par le gouvernement devront être confrontés aux résultats des enquêtes, aux documents financiers et aux décisions des autorités judiciaires.
Le lancement de l’NVVH intervient avec un objectif affiché de récupération des avoirs publics en Hongrie. L’office doit vérifier si des ressources ont été utilisées conformément à leur destination et si certains transferts ont bénéficié à des sociétés ou à des particuliers sans justification transparente.
Les éléments présentés par le gouvernement mettent en cause une utilisation de l’argent public qui aurait privé le budget hongrois de ressources importantes. Les fonds concernés auraient pu être affectés à des investissements dans les infrastructures, les soins de santé, l’éducation ou le soutien aux entreprises. Le dossier relie également cette gestion à un déficit budgétaire et à une réduction du potentiel de croissance de l’économie hongroise, sans fournir à ce stade de chiffrage distinct pour chacun de ces effets.
Le coût pour les finances publiques
Le débat porte désormais sur l’ampleur des sommes susceptibles d’être récupérées et sur le calendrier des procédures. Les contribuables hongrois sont directement concernés par les résultats éventuels de ces démarches, puisque les ressources visées proviennent du secteur public ou de financements européens. La restitution devra dépendre de l’identification des biens, de la qualification juridique des opérations et des décisions rendues dans les différents dossiers.
Le gouvernement de Péter Magyar présente ainsi l’NVVH comme l’outil destiné à examiner plusieurs années de contrats, de transferts et d’allocations de ressources. L’office devra encore établir les faits dossier par dossier, tandis que les premières procédures pourraient s’inscrire dans un calendrier de plusieurs années.