Après de vifs débats, le Parlement a adopté définitivement mardi le projet de loi d’urgence agricole, qui a soulevé de nombreuses controverses liées à la réintroduction potentielle de pesticides interdits en France. Ce texte, qui permettra à l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) de décider de l’utilisation dérogatoire de substances telles que l’acétamipride et le flupyradifurone pour certaines filières agricoles en difficulté, a été perçu comme une cession aux lobbys agricoles, notamment la puissante FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), rapporte TopTribune.
« Aux mains de la FNSEA »
Le ministre de l’Agriculture, Sébastien Lecornu, avait promis des mesures pour répondre aux préoccupations des agriculteurs, mais la version finale du texte a conservé la réintroduction de pesticides, après des mois de discussions. Lors de l’examen final du texte, le gouvernement a empêché un vote sur cet article controversé, suscitant la colère des groupes d’opposition parmi les députés, comme Gabriel Attal et Elisabeth Borne.
Les critiques s’intensifient. La députée insoumise Aurélie Trouvé a exprimé son indignation : « On n’a jamais pu voter sur la réintroduction de ces pesticides dangereux pour la santé, malgré une pétition contre la loi Duplomb signée par plus de 2 millions de personnes. C’est une victoire du lobby de l’agrobusiness contre la science, et une humiliation pour l’Assemblée nationale ». Benoît Biteau, député écologiste et agriculteur, a également dénoncé la trahison des promesses gouvernementales suite à la pression de la FNSEA.
« Normal de les écouter »
Malgré son affaiblissement aux élections professionnelles de 2025, la FNSEA continue d’avoir une influence majeure sur les décisions gouvernementales. En campagne pour sa réélection, son président Arnaud Rousseau a réitéré l’importance de son rôle, affirmant que le syndicat est un « pôle de stabilité » en temps de changement. Benoît Biteau a ajouté : « Ils alimentent chaque année, avec le Salon de l’Agriculture, une image des agriculteurs qui ne reflète pas la réalité quotidienne ». Au ministère, on défend le dialogue avec tous les syndicats, y compris la FNSEA, justifiant cette approche par leur position dominante dans le secteur.
« On a enfin des réponses concrètes »
La FNSEA a salué l’adoption du texte comme « une véritable bouffée d’oxygène pour les exploitations agricoles ». Luc Smessaert, coordinateur de la FNSEA sur la loi d’urgence, a déclaré : « On est dans notre rôle de syndicat de faire remonter les besoins de la profession, et cette fois, on a enfin des réponses concrètes ». Pourtant, la tension autour des pesticides demeure. Les écologistes et les Insoumis annoncent leur intention de saisir le Conseil constitutionnel, ayant déjà obtenu l’annulation par les Sages des dispositions autorisant la réintroduction de l’acétamipride dans la loi Duplomb, censure intervenue en août 2025.