Moscou accuse l’Ukraine de « terrorisme d’État » après son avertissement aux compagnies aériennes
Moscou accuse l’Ukraine de « terrorisme d’État » après son avertissement aux compagnies aériennes

Moscou accuse l’Ukraine de « terrorisme d’État » après son avertissement aux compagnies aériennes

05.09.2026 18:00
5 min de lecture

La Russie mène une campagne d’influence visant à présenter l’Ukraine comme une source de menace pour l’aviation civile, après l’avertissement lancé par Volodymyr Zelensky sur les dangers croissants dans l’espace aérien russe, rapporte TopTribune.

Les 2 et 3 septembre 2026, plusieurs médias étrangers favorables aux positions du Kremlin ont repris et amplifié l’accusation de « terrorisme d’État » contre Kyiv. Ces publications commentaient une déclaration du président ukrainien, qui avait prévenu les compagnies aériennes, les assureurs et les États continuant d’utiliser les aéroports russes que le ciel russe devenait particulièrement dangereux en raison de la présence de drones et de missiles ukrainiens.

Le message de Volodymyr Zelensky comportait toutefois une précision centrale : l’Ukraine ne menace pas l’aviation civile en tant que telle et n’a pas l’intention de viser des avions de ligne. Le président ukrainien a appelé les acteurs du transport aérien à prendre en compte les risques liés à des vols dans une zone où la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine produit désormais des effets directs sur la sécurité aérienne.

Des médias reprennent l’accusation russe

Le média turc Aydinlik a affirmé que le « régime de Kyiv » se préparait à porter le « terrorisme d’État » à un niveau inédit, en menaçant selon lui les compagnies civiles utilisant l’espace aérien russe. L’article présente l’avertissement ukrainien comme une menace adressée aux transporteurs turcs et aux autres compagnies étrangères qui continuent de desservir la Russie.

De son côté, le site tchèque CZ24.News a décrit la déclaration de Volodymyr Zelensky comme une annonce d’un « terrorisme d’État planifié ». Il soutient que le message ukrainien viserait à créer délibérément de la peur dans le transport aérien civil. Un blogueur américain connu sous le pseudonyme Simplicius76, qui publie sur la plateforme Substack, a également écrit que plus l’Ukraine se rapprocherait de sa « fin », plus ses « actions terroristes » deviendraient radicales.

Ces publications sont consultables dans les articles d’Aydinlik, de CZ24.News et de Simplicius76. Leur argumentation reprend la lecture défendue par Moscou, qui transforme une alerte sur les conditions de sécurité en accusation contre l’État ukrainien.

Le transport aérien russe depuis février 2022

Après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022, la plupart des compagnies aériennes occidentales ont cessé leurs vols vers les villes russes. La desserte internationale de la Russie repose depuis principalement sur des transporteurs du Moyen-Orient, d’Asie et de plusieurs pays voisins, notamment l’Arménie, le Kazakhstan et la Turquie.

Turkish Airlines dessert 36 destinations en Russie et organise chaque mois des milliers de vols, notamment vers Moscou et Saint-Pétersbourg. Les compagnies russes, elles, assurent des liaisons internationales essentiellement vers des pays qui n’ont pas rejoint les sanctions. Elles utilisent une flotte vieillissante et disposent de routes plus limitées. La présence de la Russie dans l’aviation internationale s’est ainsi fortement réduite par rapport à la période précédant février 2022.

Le 1er septembre, Volodymyr Zelensky a demandé aux compagnies aériennes, aux assureurs et aux pays utilisant encore les infrastructures aéroportuaires russes de tenir compte de la dégradation de la situation. Il a insisté sur le fait que la présence de drones et de missiles dans le ciel russe créait des risques pour les vols civils, tout en répétant que les avions de passagers n’étaient pas désignés comme des cibles.

Cette déclaration a été suivie d’une baisse de la valeur des titres de compagnies aériennes russes. Vladimir Poutine l’a qualifiée de « demande de terrorisme » et a menacé l’Ukraine de frappes contre ses infrastructures énergétiques.

Une controverse sur la responsabilité des risques

La présentation de l’avertissement ukrainien comme une menace terroriste repose, selon les éléments avancés par Kyiv, sur une confusion entre deux réalités distinctes : une opération militaire contre des objectifs liés à la conduite de la guerre et une attaque visant délibérément des civils. L’Ukraine affirme ne pas avoir annoncé d’attaque contre les avions civils et dit avoir voulu informer les transporteurs des dangers existants.

Les compagnies aériennes et leurs assureurs doivent disposer d’informations sur les risques avant de décider de maintenir ou non des liaisons. Dans ce cas, le message ukrainien porte sur la présence d’armes et de drones dans un espace aérien utilisé par des appareils civils. Le qualifier de « menace terroriste » revient, dans la lecture défendue par Kyiv, à modifier la portée de l’avertissement.

L’Ukraine invoque également son droit à la légitime défense au titre de l’article 51 de la Charte des Nations unies. Elle affirme pouvoir viser des infrastructures militaires situées en Russie lorsqu’elles sont utilisées pour mener la guerre contre son territoire, sous réserve du respect du droit international humanitaire. Les aérodromes militaires, les systèmes de missiles et les autres installations utilisées par les forces russes servent à mener des frappes contre des villes et des infrastructures ukrainiennes, selon les éléments fournis par Kyiv.

Le gouvernement ukrainien rappelle par ailleurs avoir fermé entièrement son espace aérien aux vols civils après le début de l’invasion russe, en raison du danger pesant sur les passagers. La Russie maintient, pour sa part, une partie importante de ses liaisons civiles malgré la poursuite de la guerre et les risques associés. La question de la sécurité des routes aériennes reste donc liée aux décisions prises par les autorités russes concernant l’utilisation de leur propre espace aérien.

Les incidents cités autour de l’espace aérien russe

Les autorités ukrainiennes mettent aussi en avant plusieurs incidents impliquant des moyens militaires russes ou des zones contrôlées par la Russie. Elles citent notamment l’appareil d’Azerbaijan Airlines touché par un système S-300 en Tchétchénie en 2024, ainsi que le bombardement d’un avion d’affaires Embraer Legacy 600 dans la région de Tver en 2023.

Un autre épisode est mentionné : en mars 2026, un avion léger Alto NG aurait été abattu par un système Tor près de Kolomna, dans la région de Moscou. Ces événements sont utilisés par Kyiv pour contester l’idée selon laquelle les risques pesant sur l’aviation civile seraient exclusivement liés aux actions ukrainiennes.

Dans cette campagne, Moscou et les médias qui relaient sa version déplacent l’attention vers les avertissements et les frappes ukrainiennes, sans répondre à la question du maintien de vols civils dans un espace aérien exposé aux opérations militaires. L’accusation de « terrorisme d’État » constitue ainsi l’axe central du discours diffusé depuis le début du mois de septembre.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER