Le Mondial de l’auto s’ouvre ce lundi à Paris, marquant un tournant majeur dans un marché automobile en pleine transformation. La montée en flèche des carburants et les aides à l’achat propulsent les voitures électriques à des niveaux records en France, mais cette dynamique révèle également une confrontation industrielle entre les constructeurs européens et les marques chinoises, dans un contexte de recherche de modèles abordables, rapporte TopTribune.
Ce salon de l’automobile, sous le signe de l’électrique, est le reflet d’une transition énergétique accélérée exacerbée par la hausse des prix des carburants depuis le début de la guerre en Iran. La voiture électrique bénéficie d’une popularité inédite, renforçant son essor en France.
L’engouement en France
Les chiffres récents du marché français révèlent une évolution significative. En septembre, 156 629 voitures particulières neuves ont été immatriculées, soit une augmentation de 11,6 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre marque le cinquième mois consécutif de croissance, selon les données de Mobilians et Dataneo. La part des véhicules électriques dans ces immatriculations s’élève à 41,7 %, contre 22,4 % un an plus tôt, tandis que les ventes ont plus que doublé (+107,5 %), bien que le segment des hybrides reste en tête avec environ 43 % du marché.
Depuis l’été, cette dynamique s’intensifie. Après des hausses respectives de 35 % en juillet et de 38,3 % en août, la part des immatriculations électriques a franchi un nouveau seuil en septembre, atteignant 47,2 % chez les particuliers et 42,9 % pour les voitures de société. En parallèle, les ventes de véhicules à essence et diesel ont chuté de façon dramatique, ne représentant plus que 10 % et 2 % des immatriculations, respectivement, avec des baisses d’année en année de 39 % et 62 %.
L’impact des aides
Cette transformation est en grande partie alimentée par des soutiens financiers institutionnels. La troisième saison du leasing social a permis environ 9 500 immatriculations en septembre, et le bonus d’achat soutenu par les certificats d’économies d’énergie (CEE) rend les modèles électriques plus accessibles. Néanmoins, la Plateforme automobile (PFA) souligne la dépendance du marché vis-à-vis de ces aides : une réduction des subventions pourrait ralentir un mouvement encore fragile.
Par ailleurs, l’augmentation des prix des carburants influence considérablement les choix des consommateurs. En septembre, le prix du gazole a atteint environ 2,41 euros le litre en raison d’une crise d’approvisionnement. Toutefois, il reste difficile d’évaluer combien de conducteurs se sont tournés vers l’électrique pour cette raison spécifique, le coût d’acquisition d’un véhicule électrique, en plus de l’accès à une recharge à domicile, continues de constituer des obstacles.
R5, nouvelle 2 CV : les constructeurs français dynamiques
Pour les constructeurs français, cette mutation est déjà palpable. Renault mène le marché des ventes électriques en France, avec 23,6 % de parts en septembre. La R5 s’est illustrée avec 5 224 immatriculations, suivie par la Twingo 4 avec 988, et le Scénic avec 2 738. Les ventes électriques du constructeur représentent plus de la moitié de ses ventes totales, et Renault a annoncé un investissement de plus de 10 milliards d’euros sur cinq ans dans le secteur des véhicules électriques. L’entreprise prévoit également une augmentation de 25 % de sa production en France d’ici 2026 par rapport à l’année précédente. Peugeot (Stellantis), qui se classe troisième derrière Tesla, a réussi à tripler ses volumes électriques, notamment en raison du leasing social. Citroën, quant à elle, bénéficie de cette demande pour les petites voitures et prévoit de faire sensation au salon en dévoilant une version électrique de la 2 CV à un prix compétitif.
C’est en effet le positionnement tarifaire qui devient un enjeu central de cette bataille. Autrefois considérés comme des véhicules coûteux, les modèles électriques se dirigent désormais vers le marché des citadines. Renault, Peugeot, Citroën et Dacia cherchent à convaincre les consommateurs à la recherche de véhicules en dessous de la barre des 30 000 euros. Au Mondial, la présentation de nouveaux modèles et de concepts visera à démontrer que l’électrique peut devenir une option prisée, sans dépendre des subventions à long terme.
L’offensive chinoise
Dans cette évolution, les marques chinoises progressent rapidement. Selon la PFA, elles ont représenté 8 % des immatriculations françaises en septembre, contre 3,4 % sur les neuf premiers mois de l’année. BYD, XPeng, et d’autres intensifient leurs offensives commerciales, promettant des équipements plus riches à des prix compétitifs.
Pour les groupes européens, le défi se concentre sur la nécessité de produire à moindre coût tout en sécurisant leurs chaînes d’approvisionnement et en protégeant leurs marges face à une concurrence de plus en plus féroce. Les consommateurs, quant à eux, baseront leurs choix sur des critères concrets tels que le prix, l’autonomie, le coût de recharge et d’utilisation, soutenus par une étude récente de l’Ademe, affirmant l’intérêt environnemental et économique des véhicules électriques pour les ménages.
