Mobilisation en Russie : inquiétude croissante face à des annonces recrutant des soldats avant les élections

Mobilisation en Russie : inquiétude croissante face à des annonces recrutant des soldats avant les élections

10.08.2026 18:06
3 min de lecture

En Russie, une publicité sur VKontakte incite à rejoindre l’armée avant une possible mobilisation, ravivant les craintes d’un appel massif après les élections de septembre. Entre 300 000 et 500 000 personnes pourraient être concernées. Les recherches sur « mobilisation » atteignent un record, témoignant de l’inquiétude croissante, rapporte TopTribune.

Une simple publicité a suffi à raviver la panique en Russie. Sur VKontakte, le principal réseau social russe, des annonces appelant à rejoindre l’armée promettent : « N’attendez pas la mobilisation, venez chercher les primes… » La menace diffuse d’une nouvelle mobilisation semble prendre corps, alimentant les rumeurs et les inquiétudes.

Selon plusieurs sources, les autorités russes, préoccupées par la situation sur le front, envisageraient de lancer une mobilisation de grande ampleur immédiatement après les élections à la Douma d’État en septembre. Entre 300 000 et 500 000 personnes pourraient être appelées sous les drapeaux.

L’inquiétude au niveau record

Les préparatifs seraient déjà en cours. Selon les médias indépendants russes et les posts sur les réseaux sociaux, des dizaines de milliers de Russes recevraient des ordres de mobilisation précisant les démarches à suivre en cas d’appel. La Russie a également mis en place un registre électronique des convocations militaires. Dès qu’une convocation y est enregistrée, son destinataire peut se voir imposer une interdiction de quitter le territoire.

« J’ai reçu une convocation pour mettre à jour mes informations. Je m’y suis rendu et j’ai reçu un ordre de mobilisation. J’ai alors déposé une demande pour passer devant la commission médicale militaire et obtenir la catégorie D, car j’ai eu un grave accident de la route en 2024. J’espère être radié du registre militaire », témoigne Konstantin, la quarantaine. « Sinon, il faudra fuir. »

Les déclarations du président ukrainien Volodymyr Zelensky n’ont fait qu’alimenter ces craintes. Le 25 juillet, citant des informations des services de renseignement ukrainiens, il a affirmé que la Russie se préparait à élargir la mobilisation après les élections à la Douma d’État.

Dans le pays, l’inquiétude semble avoir retrouvé son niveau de décembre 2022, quelques mois après l’annonce de la première mobilisation. Les défenseurs des droits, qui accompagnent les appelés, constatent une hausse des demandes d’aide. Sur Yandex, le mot « mobilisation » a été recherché 1,2 million de fois en un mois, un niveau record.

« J’ai très peur de ce qui va se passer après les élections », avoue Maxime, père de deux enfants. « Je n’ai pas servi dans l’armée et je ne suis plus tout jeune, donc je serai peut-être peu intéressant pour le bureau de recrutement. Pour ma part, j’ai décidé de me cacher par tous les moyens et, si vraiment ça tourne mal, je préfère aller en prison plutôt que de tuer des gens. Je pense à partir à l’étranger. J’ai quelques économies, mais j’ai peur de ne pas réussir à m’installer dans un autre pays. Pourtant, je ne vois pas d’autre solution. »

« Mon fils aîné veut partir dans la taïga. Il m’a écrit aujourd’hui : ‘Ce n’est pas sûr qu’ils ne mobilisent pas les femmes non plus.’ Je me suis dit : et les enfants aussi, peut-être. Le plus jeune a 13 ans. On a donc décidé de partir tous dans la taïga », raconte en plaisantant Ioulia, bien éloignée de la politique. La quadragénaire crée des produits cosmétiques depuis dix ans.

Une forme de manipulation

Néanmoins, Gregory Sverdline, fondateur de l’ONG « Passez par la forêt », qui aide les Russes à éviter la mobilisation ou à déserter du front ukrainien, considère qu’à ce stade, il n’y a pas suffisamment d’éléments pour affirmer qu’une nouvelle vague de mobilisation sera nécessairement annoncée à l’automne. « Les convocations destinées à mettre à jour les informations personnelles, l’apposition de mentions sur les documents de mobilisation ou les mises à jour dans le registre ne signifient pas, à elles seules, que les autorités préparent précisément une mobilisation à l’automne. Ce type d’activité des bureaux de recrutement militaire se produit par vagues », précise-t-il.

Il souligne, néanmoins, que la menace d’une mobilisation est elle-même utilisée comme outil de recrutement. « On appose sur les documents d’une personne une mention relative à la mobilisation, on lui fait craindre une future mobilisation et on lui propose : ‘Signez un contrat maintenant, sinon vous serez envoyé plus tard sans bénéficier des primes.’ C’est une forme de manipulation. Une mention relative à la mobilisation ne signifie pas qu’une personne a déjà été mobilisée et ne l’oblige pas à signer un contrat. »

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