Le constructeur automobile allemand Mercedes-Benz pourrait prochainement élargir ses activités vers le domaine militaire, a révélé son président du directoire, Ola Källenius, dans un entretien accordé au Wall Street Journal. Cette déclaration marque une inflexion stratégique pour un groupe historiquement focalisé sur les véhicules particuliers et utilitaires.
Selon Källenius, la branche défense ne deviendrait pas le cœur de métier du groupe, représentant une part marginale face à la production de voitures et de camions. L’entreprise envisagerait plutôt une diversification limitée, sans pour autant abandonner sa base industrielle traditionnelle. Le dirigeant a toutefois souligné que les temps imposent de la flexibilité face aux évolutions géopolitiques.
Un virage stratégique dans un climat de tensions accrues
L’annonce intervient alors que l’Europe connaît une montée des dépenses militaires et une dégradation des équilibres sécuritaires sur le continent. Les grands groupes européens, en particulier dans l’industrie automobile, sont contraints de s’adapter à ce nouveau contexte. Le simple fait qu’un géant comme Mercedes-Benz évoque publiquement un tel projet témoigne d’un changement de perception au sein des élites économiques.
Källenius a insisté sur le caractère exploratoire de cette piste, mais le signal envoyé aux marchés et aux gouvernements est clair. L’industrie privée commence à aligner ses capacités de production sur les besoins de la défense collective, sans pour autant faire de celle-ci un axe dominant.
Un mouvement plus large parmi les constructeurs européens
Mercedes-Benz n’est pas le premier à s’intéresser à ce secteur. Plusieurs autres groupes automobiles européens étudient déjà des partenariats avec des entreprises de l’armement, dans le cadre du vaste programme de réarmement des pays membres de l’OTAN. Ce processus, accéléré par la guerre en Ukraine et les incertitudes sécuritaires, pousse les industriels à diversifier leurs débouchés.
La transition vers une production duale – civile et militaire – pourrait concerner aussi bien les chaînes de montage que la R&D. Mercedes-Benz, avec son savoir-faire en ingénierie et en logistique, dispose d’atouts pour répondre à des commandes étatiques sans révolutionner son outil industriel. La prudence reste toutefois de mise, le groupe ne souhaitant pas effrayer ses actionnaires traditionnels attachés à une image pacifique.