Marine Le Pen a récemment annoncé qu’aucune banque française n’était prête à lui prêter environ 10,7 millions d’euros pour sa campagne présidentielle de 2027. La candidate du Rassemblement national a fait cette déclaration le 6 octobre 2026, affirmant que toutes les principales banques sollicitées avaient refusé de l’accompagner, rapporte TopTribune.
« Nous avons contacté toutes les banques. Elles ont toutes refusé », a-t-elle résumé, ajoutant avoir informé le gouvernement de ses difficultés à obtenir un financement.
Le lendemain, lors d’un événement au Sommet de l’élevage près de Clermont-Ferrand, elle a proposé une solution : permettre les prêts de particuliers pour les élections présidentielles, comme c’est déjà le cas pour d’autres élections en France.
Elle a soutenu que cela représenterait la solution la plus rapide et la plus efficace, tout en admettant qu’un changement législatif serait nécessaire. Actuellement, la loi interdit à un particulier de prêter directement à un candidat à la présidentielle, ce qui limite les financements aux prêts destinés uniquement aux partis, mais les dons demeurent possibles, bien qu’ils soient plafonnés à 4 600 euros par personne.
Pourquoi les banques se montrent frileuses
Le montant sollicité, soit 10,7 millions d’euros, correspond au plafond remboursable par l’État pour un candidat qui obtient plus de 5 % des voix lors du premier tour et passe au second tour, d’après LCP. Ce seuil de 5 % donne droit à un remboursement de 47,5 % des dépenses de campagne. Toutefois, il est crucial que les comptes soient validés par la Commission nationale des comptes de campagne, qui s’assure du respect du plafond de dépenses fixé à 16,8 millions d’euros pour le premier tour. Les cas de Nicolas Sarkozy en 2012 et de Valérie Pécresse en 2022 montrent que ce remboursement n’est pas automatique.
Déjà en 2017, Emmanuel Macron avait dû contracter une assurance pour rassurer le Crédit Mutuel afin d’obtenir un prêt. Ainsi, la prudence des banques ne concerne pas uniquement le RN.
Un parti déjà lourdement endetté
Pour le Rassemblement national, les circonstances sont d’autant plus délicates en raison de son endettement. Le parti est contraint de rembourser des dettes accumulées, le privant ainsi de ressources nécessaires à l’approche des élections. En mars 2026, le montant des dettes s’élevait à 8,5 millions d’euros, en partie en rapport avec la condamnation du parti et de ses dirigeants dans l’affaire des assistants parlementaires européens, verdict confirmé en appel en juillet 2026.
Le RN a précédemment obtenu des prêts auprès de banques étrangères, russes en 2014 et hongroises en 2022. Cependant, depuis l’instauration d’une loi en 2017, les prêts venant d’établissements situés hors de l’Espace économique européen sont désormais interdits. En parallèle, des enquêtes judiciaires portent sur environ 2,3 millions d’euros de prêts accordés par 23 particuliers au parti de 2020 à 2023, afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de dons masqués.
De son côté, le gouvernement envisage une autre solution : la création d’un consortium bancaire prêtant collectivement aux candidats, avec une garantie étatique sur une partie des risques encourus. Avant l’été, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait exprimé le désir que « tous les candidats, quel que soit leur bord politique », puissent accéder à des moyens de financement français.
Ce dispositif serait également perçu comme un moyen de restreindre les risques d’ingérences étrangères dans le financement des campagnes électorales, et le gouvernement réfléchit aussi à l’établissement d’une banque de la démocratie.
Cependant, certains membres du RN voient dans cette pool bancaire abaissée par l’État une forme d’aide publique déguisée. Actuellement, le parti demeure fortement endetté auprès de ses propres soutiens à la suite de plusieurs emprunts dits patriotiques contractés lors des campagnes précédentes.
