Marcel Muller, assassin d'un patron en France dans les années 1920, et le procès de Luigi Mangione

Marcel Muller, assassin d’un patron en France dans les années 1920, et le procès de Luigi Mangione

02.05.2026 17:36
2 min de lecture

Les procès à venir de Luigi Mangione évoquent l’affaire historique de Marcel Muller en France

Le 8 septembre 2026, le procès de l’État de New York s’ouvrira contre Luigi Mangione, accusé d’avoir tué Brian Thompson, PDG de UnitedHealthcare, la principale compagnie privée d’assurances des États-Unis, en décembre 2024 à New York. Le procès fédéral prévu contre Mangione a été reporté au début de l’année 2027. Cette situation rappelle l’affaire historique de Marcel Muller, un ouvrier français ayant tué un dirigeant de la Compagnie générale d’électricité en 1922, suite à des soucis liés à l’arrêt de sa pension d’invalidité, rapporte TopTribune.

Le cas de Muller, qui a également blessé deux policiers lors de son arrestation, a provoqué une onde de choc à l’époque, déclenchant plus d’une centaine d’articles dans la presse et transformant cet événement tragique en une affaire nationale. Les événements entourant ce fait divers ont mis en lumière les abus des systèmes d’indemnisation qui, tout comme aujourd’hui aux États-Unis, soumettaient les travailleurs à des rentes insuffisantes.

Le 14 février 1922, Marcel Muller, alors âgé de 20 ans, a tué un responsable de la Compagnie générale d’électricité après avoir reçu une rente jugée trop faible pour compenser son invalidité due à un accident de travail. En 1922, la sécurité sociale n’existait pas encore en France, et le système assurantiel était entièrement dépendant du secteur privé. Cette affaire a incité le mouvement ouvrier à dénoncer la loi de 1898 sur les accidents du travail, qu’ils estimaient insuffisante pour protéger les mutilés.

Une résonance contemporaine

Les similitudes entre les deux affaires soulèvent des questions sur les victimes de systèmes économiques qui échouent à soutenir les individus dans le besoin. Bien que Mangione et Muller soient issus de milieux différents — le premier étant issu d’une bonne famille et le second étant un ouvrier — leurs situations personnelles les ont poussés à commettre des actes violents en réponse à des injustices qu’ils ont subies.

Les deux hommes, sans antécédents criminels, ont exprimé leur frustration face à leurs situations respectives dans des écrits révélant des sentiments d’inacceptation face aux pratiques douteuses des assurances, qui ont conduit à leurs actes tragiques. Alors que les médias de 1922 ont largement couvert l’affaire Muller, celle de Mangione a également suscité une attention médiatique considérable, indiquant une volonté de la société de s’interroger sur la protection des individus par les assurances.

Le poids de l’opinion publique

Dans les deux cas, l’opinion publique présente une certaine compréhension des actes de violence, ce qui souligne un certain degré d’empathie face aux luttes personnelles des protagonistes. En France, la solidarité envers les mutilés de guerre a joué un rôle crucial dans la transformation de l’affaire Muller en un événement sociétal significatif. De même, aux États-Unis, l’augmentation des personnes confrontées à des difficultés liées aux assurances santé amplifie la réflexion publique sur les défaillances systémiques actuelles.

L’affaire Muller, tout en étant une réponse personnelle à une situation désespérée, a mené à des révisions législatives significatives en France, tandis que l’affaire Mangione pourrait, elle aussi, devenir un catalyseur pour une discussion plus large sur les défauts du système de santé privé américain. Les procès à venir promettent d’éclaircir davantage la complexité des motivations qui entourent ces actes de violence, potentiellement enracinés dans des luttes économiques et sociales profondes.

Morgan Poggioli est l’auteur de L’Affaire Muller – Politiser les corps brisés, paru en avril 2026 aux Éditions de l’Atelier.

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