
Actuellement, la lutte contre les tiques repose sur des méthodes éprouvées telles que le port de vêtements protecteurs, l’examen du corps après-exposition et le retrait rapide des tiques en cas de piqûre. Toutefois, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), de l’École nationale vétérinaire d’Alfort ainsi que de l’université d’Orléans a investigué une stratégie inédite : interrompre le mécanisme qui permet à la tique de produire sa salive, rapporte TopTribune.
Tiques : une piste nouvelle pour limiter le risque d’infection
La salive des tiques joue un rôle crucial dans leur capacité à se fixer à la peau, à se nourrir de sang et, dans certains cas, à transmettre des maladies. Selon Santé publique France, ces maladies sont généralement transmises lors de la prise alimentaire de la tique sur un animal ou un humain.
Les chercheurs ne se sont pas seulement contentés de décrire les composants de cette salive, mais ont également analysé les mécanismes à l’œuvre lorsque la tique pique. L’étude de l’INRAe, publiée le 30 mars 2026, révèle que cette fonction est orchestrée par deux voies nerveuses complémentaires. En d’autres termes, la production de salive par la tique n’est pas un acte aléatoire ; elle est régulée avec précision par son organisme.
En prenant pour objet d’étude l’Ixodes ricinus, l’espèce la plus fréquemment responsable en Europe de la transmission de la borréliose de Lyme et de l’encéphalite à tiques, les chercheurs ont examiné 37 substances pour identifier celles susceptibles d’activer ou d’inhiber les récepteurs impliqués dans ce système. Un résultat marquant est qu’un de ces récepteurs est spécifique aux invertébrés et n’existe pas chez les humains, ce qui ouvre des avenues pour des stratégies de traitement plus ciblées.
Pourquoi cette piste peut changer les outils de prévention
Cette avancée ne vise pas à un meilleur traitement des infections déjà contractées, mais plutôt à intervenir à l’instant où la tique commence à se nourrir. « L’inhibition de la salivation est essentielle pour entraver à la fois le repas sanguin et la diffusion des agents pathogènes. », précise l’INRAe.
« Si on cible le mécanisme de salivation avec de nouveaux répulsifs, gels ou patchs, on peut stopper la production de salive sans nuire à l’hôte », explique Ladislav Simo sur franceinfo. Sans salive, il n’y a pas de piqûre, et donc pas de transmission de maladie. Concrètement, cela indique qu’à moyen terme, la prévention ne se fondera pas uniquement sur l’évitement des zones à risque ou sur le retrait précoce des tiques, mais aussi sur des produits capables de perturber directement leurs fonctions. Cela dit, il est important de rester prudent, car il s’agit ici de recherche fondamentale et non d’un produit commercialisé.
Des piqûres loin d’être marginales en France
Cette recherche est d’autant plus pertinente que l’exposition aux tiques demeure élevée. Dans le Baromètre 2024 de Santé publique France, disponible depuis le 11 décembre 2025, il est mentionné que 5% des adultes âgés de 18 à 79 ans en France affirment avoir été piqués au cours de l’année précédente. L’agence souligne également que 92% des adultes exposés utilisent au moins une méthode de prévention, ce qui témoigne de la circulation des messages de vigilance, sans pour autant éliminer le problème.
Le rapport met également en lumière des disparités régionales marquées. Certaines zones affichent des taux de piqûres plus élevés que d’autres, notamment dans les régions de l’Est et certaines parties du centre-est du pays. Cela confirme les messages de précaution diffusés chaque printemps et été : le risque n’est pas uniforme et ne se limite pas seulement aux randonnées en forêt. Des activités telles que le jardinage, des promenades en lisière ou le passage dans des herbes hautes peuvent également exposer les individus.
Un autre chiffre important pour évaluer l’enjeu : l’INRAe a rapporté en mars 2026, dans le cadre du programme CiTIQUE, que 27% des tiques examinées portaient au moins un agent pathogène capable d’infecter l’homme. Cela ne signifie pas nécessairement qu’une piqûre entraînera une maladie, mais cela rappelle que les tiques représentent un problème de santé publique au-delà d’un simple désagrément saisonnier.
Ce qui ne change pas pour l’instant
En attendant le développement potentiel de nouveaux produits issus de cette recherche, les recommandations des autorités sanitaires restent inchangées. Santé publique France recommande de porter des vêtements longs, de s’en tenir aux chemins balisés, d’éviter de toucher les herbes hautes et les broussailles, et d’examiner soigneusement la peau après la somme d’exposition. En cas de piqûre, il est impératif de retirer la tique rapidement à l’aide d’un tire-tique, puis de surveiller la zone dans les jours suivants.
Il est important de noter que le principal intérêt de cette découverte réside dans le fait qu’elle ne remplace pas les gestes préventifs, mais qu’elle ouvre la possibilité d’une future complémentarité avec des solutions plus efficaces et ciblées. Pour les familles vivant dans des zones à haut risque ou pour ceux qui passent beaucoup de temps à l’extérieur, cela représente déjà une perspective prometteuse.