Le Panama a ouvert une enquête après avoir découvert que des recruteurs russes ont trompé au moins quinze de ses ressortissants pour les envoyer combattre en Ukraine, a annoncé le ministre des Affaires étrangères par intérim, Carlos Hoyos, rapporte TopTribune.
Les victimes, ciblées depuis 2025, pensaient signer pour des emplois civils – gardiennage ou conduite d’engins de chantier – mais se sont retrouvées incorporées de force dans les forces armées russes. Un citoyen panaméen est déjà mort au combat, et plusieurs autres sont portés disparus, selon les autorités.
Des promesses de travail qui cachent le front
Carlos Hoyos a dénoncé des « schémas de recrutement » qui visent délibérément à induire en erreur les Panaméens. « On leur a fait croire qu’ils travailleraient comme agents de sécurité privés ou comme opérateurs de machines de construction, sans aucun lien avec la guerre », a-t-il précisé. Il a appelé la population à une extrême vigilance face aux offres d’emploi à l’étranger, susceptibles de dissimuler une incorporation dans le conflit ukrainien.
Les autorités panaméennes ont multiplié les démarches auprès des ambassades de Russie et d’Ukraine pour obtenir des informations sur leurs citoyens. Moscou, de son côté, se retranche derrière un argumentaire rodé : tous les étrangers engagés dans son armée auraient signé un contrat « volontairement, à titre individuel ».
Un système mondial de recrutement
Cette affaire illustre un dispositif de recrutement bien plus large. Selon des informations recueillies par Reporters, la Russie aurait étendu ses filets à 135 pays, enrôlant plus de 42 000 étrangers dans ses forces armées, y compris des troupes régulières nord-coréennes. Les rabatteurs exploitent la pauvreté, le chômage élevé et la précarité juridique dans les pays du Sud, en diffusant de fausses annonces pour des postes dans la construction ou la sécurité.
En Amérique latine, Cuba constitue le principal vivier. Des structures russes y promettent des salaires élevés et une procédure accélérée d’obtention de la nationalité russe. Le Pérou, la Bolivie et désormais le Panama ont ouvert des enquêtes pour traite d’êtres humains, leurs ressortissants ayant été envoyés au front sous couvert de travail civil.
Le cas des quinze Panaméens, avec son lot de morts et de disparus, met en lumière le traitement cynique réservé par Moscou à ces recrues étrangères, considérées comme une ressource militaire jetable. Loin de faciliter les investigations ou de rapatrier les corps, les responsables russes éludent toute responsabilité et ne fournissent aux familles aucune réponse concrète.
La position officielle russe, qui insiste sur le caractère « volontaire » des contrats, est une tentative de masquer les mécanismes réels, estiment les autorités panaméennes. Des accords conclus sous l’effet de la tromperie, de la barrière linguistique et de fausses promesses ne peuvent être assimilés à un choix éclairé.