En France, au cours du deuxième trimestre de 2026, 16.112 logements neufs ont été réservés par des particuliers. Cependant, ce chiffre indique un déclin de 4,8 % comparé au début de l’année. Parallèlement, les promoteurs immobiliers augmentent leur stock, avec une hausse de 11,1 % de l’offre, rapporte TopTribune.
D’où provient cette crise du logement neuf ?
La situation actuelle découle d’une série d’événements qui ont débuté à la mi-2022. Pour contrer l’inflation croissante, les banques centrales ont décidé d’augmenter les taux directeurs. Cette décision entraîne immédiatement une flambée des coûts des crédits immobiliers. Par exemple, un emprunt de 20 ans à 1 % s’élève rapidement à 3,5 %, puis à 4 %. Pour un ménage achetant un appartement au prix de 250.000 euros, cela se traduit par une augmentation significative des mensualités. Par ailleurs, les établissements bancaires, de plus en plus prudents, durcissent leurs conditions de prêt en exigeant un apport personnel plus conséquent et en limitant le taux d’endettement à 35 %. En conséquence, de nombreux projets d’achat sont abandonnés ou reportés indéfiniment.
En 2025, le Service des données et études statistiques (SDES) constate le plus bas taux de réservations pour les particuliers depuis le début de cette crise. Face à un stock de logements en augmentation, les promoteurs réduisent le nombre de nouvelles constructions. Les constructeurs de maisons individuelles, dépendant fortement de la demande des ménages à revenu modeste, sont particulièrement affectés. Au premier semestre 2026, 33.029 logements ont reçu des réservations, affichant une quasi-stagnation de +0,6 % par rapport à l’année précédente.
Analyse des chiffres du T2 2026
Les informations publiées le 20 août 2026 par le ministère de la Ville et du Logement ne laissent que peu de place à l’optimisme. Entre avril et juin 2026, les réservations de logements neufs par des particuliers s’élèvent à 16.112, en forte baisse par rapport aux 16.920 réservations du premier trimestre. Cette baisse de 4,8 % se produit alors que le gouvernement espérait une relance grâce au dispositif fiscal « Jeanbrun », instauré à la fin février. Le ministère concède que « la reprise du secteur n’est toujours pas sur de bons rails ». Au bout de quatre ans de crise, la situation demeure inchangée.
Les maisons individuelles enregistrent un recul de 7,6 %, contre 4,6 % pour l’habitat collectif. Cette disparité s’explique par le profil des acheteurs. Les maisons attirent principalement les primo-accédants, souvent des jeunes couples avec enfants, qui peinent à rassembler l’apport nécessaire (10 à 15 % du prix d’achat). En revanche, les appartements séduisent également des investisseurs locatifs et des ménages plus aisés, moins vulnérables aux fluctuations de taux. Cependant, même sur ce marché, la demande est en déclin.
Le dispositif Jeanbrun : une promesse non tenue
Introduit fin février 2026, le dispositif « Jeanbrun » (statut du bailleur privé) visait à encourager l’investissement locatif et à inciter à la construction de 50.000 logements supplémentaires chaque année. Ce dispositif permet à un propriétaire qui acquiert un logement neuf de déduire de ses revenus globaux les pertes foncières engendrées par des travaux, intérêts d’emprunt et charges. À première vue, cette mesure semble attrayante. Cependant, elle nécessite des revenus imposables suffisamment élevés pour profiter réellement des déductions fiscales.
Edouard Fourniau, président de Consultim Groupe, une société de gestion de patrimoine, illustre bien la situation : « Ce mécanisme intéresse pour l’heure surtout les multipropriétaires et ménages à hauts revenus, car il permet avant tout d’imputer du déficit foncier sur le revenu global ». Cela signifie que seuls ceux qui possèdent déjà un patrimoine conséquent peuvent en tirer profit. Pour un jeune couple, par exemple, avec un revenu mensuel de 3.000 euros cherchant à acquérir leur première maison, ce dispositif ne constitue pas une solution viable. Ils demeurent entravés par l’apport initial et les coûts des crédits.