Un retour intemporel à l’Odyssée
Alors que le voyage en mer se profile à l’horizon, la prudence s’impose face à la colère de Poséidon. Comme l’illustre Ulysse, dont l’erreur fut de blesser le cyclope Polyphème, fils du dieu de la mer. Ce choix malencontreux lui a valu dix ans d’errance, jalonnés de pièges tendus par un père vengeur. Ce récit fondateur a donné naissance à l’Odyssée, non pas simplement sous la plume d’Homère, mais potentiellement d’un collectif d’aèdes, ces poètes narrateurs qui codifiaient des contes épiques, rapporte TopTribune.
Ce conte fait partie de notre histoire depuis 3 000 ans. Les Romains en étaient friands, et Virgile en a tiré son inspiration. La Renaissance a revitalisé cette quête éternelle, mais c’est notre époque contemporaine qui en tire le plus grand profit. Des explorations littéraires complexes, comme Ulysse de Joyce, et des œuvres cinématographiques, comme « 2001, Odyssée de l’Espace » de Stanley Kubrick, montrent la diversité d’interprétations de cette épopée.
Le vieux texte s’est ainsi projeté vers l’avenir, illustré dans « Ulysse 31 », une adaptation animée japonaise qui réinvente le récit héroïque. L’Odyssée continue de vibrer dans notre imaginaire : les sirènes des « Pirates des Caraïbes » sont à la fois séduisantes et mortelles, tout comme celles de la Méditerranée. Miss Tick, ennemie d’Onc’Picsou, peut être perçue comme l’héritière de Circé, qui transforma les marins d’Ulysse en porcs. Et l’esprit d’Ulysse est évoqué lorsqu’un Terence Hill malicieux se fait appeler « Personne » dans une comédie western.
Avec le nom de « Personne », l’Odyssée nous entraîne d’une quête extérieure à une quête intérieure. Suis-je quelqu’un ? Ou suis-je personne ? Ulysse alterne entre bravoure et ruse, se dévoilant face aux dieux tout en se cachant derrière des habits de mendiant pour mieux triompher de ses ennemis. Il lui faudra dix ans pour retrouver son identité, en tant que roi d’Ithaque, en réintégrant son épouse et son royaume. Comme aurait dit un autre aristocrate chez Visconti : « Il fallait que tout change pour que rien ne change ».
Le film de Christopher Nolan nous ramène à la rive de notre enfance imprégnée de ces mythes universels, interrogeant l’odyssée d’un homme face à un destin façonné par les dés des dieux. Une relise de la poésie sauvage d’il y a trente siècles nous fait croiser des figures emblématiques telles que « Nausicaa aux bras blancs », « Athéna aux yeux pers » et « l’aurore aux doigts de rose ». Ces mots désuets et lumineux créent un véritable effet spécial sur notre esprit.