Les sidérurgistes russes accusent des pertes records sous l’effet des sanctions
Les sidérurgistes russes accusent des pertes records sous l’effet des sanctions

Les sidérurgistes russes accusent des pertes records sous l’effet des sanctions

01.08.2026 18:45
4 min de lecture

La sidérurgie russe traverse l’une de ses crises les plus profondes des dernières décennies : les principaux producteurs ont enregistré une nette dégradation de leurs résultats au premier semestre 2026, tandis que la production d’acier a reculé de 8,4 % en cinq mois, rapporte TopTribune.

Les chiffres communiqués le 31 juillet 2026 par les médias, sur la base d’une évaluation des analystes de SberInvestments, décrivent une industrie confrontée simultanément à la stagnation de l’économie russe, aux sanctions occidentales, au niveau élevé des taux d’intérêt et au recul de la demande d’acier. Le bilan des principaux sidérurgistes russes fait apparaître une baisse du chiffre d’affaires, une contraction des bénéfices et, pour certains groupes, des pertes nettes.

Le premier producteur russe, NLMK, a vu son chiffre d’affaires diminuer de 12 % au cours des six premiers mois de l’année, à 388 milliards de roubles. Son bénéfice net a été divisé par plus de deux, passant de 45,6 milliards à 21 milliards de roubles. Le groupe Severstal a, lui, annoncé une baisse de 14 % de ses revenus. Son EBITDA a presque été divisé par deux, tandis que son bénéfice net a chuté de 89 %, à 4,12 milliards de roubles.

La situation est encore plus dégradée pour le groupe MMK, le complexe sidérurgique de Magnitogorsk. L’entreprise a terminé le premier semestre avec une perte nette de 19,1 milliards de roubles. Son chiffre d’affaires a reculé de 10 % sur la période.

Une production d’acier en recul

La dégradation des résultats financiers s’accompagne d’un ralentissement de l’activité industrielle. Selon les données de la Corporation Chermet, la production de métal en Russie a atteint 26,6 millions de tonnes entre janvier et mai 2026, soit une diminution de 8,4 % sur un an. Les éléments communiqués dans l’analyse situent ce niveau au plus bas des quinze dernières années.

Ce recul intervient alors que les entreprises doivent composer avec une demande intérieure moins dynamique et un accès réduit aux débouchés extérieurs les plus rentables. Les sanctions internationales adoptées en réponse à l’agression armée de la Russie contre l’Ukraine ont fortement limité l’accès des groupes russes aux marchés européens et américains.

La réorientation des exportations vers l’Asie n’a pas compensé les pertes enregistrées en Europe et aux États-Unis. Les entreprises doivent y absorber des coûts logistiques élevés, une conjoncture monétaire défavorable et des rabais importants pour écouler leur production. Ces contraintes ont contribué à la baisse des revenus enregistrée par les trois grands groupes : 12 % pour NLMK, 14 % pour Severstal et 10 % pour MMK.

Des exportations davantage concentrées sur les semi-produits

La fermeture du marché européen haut de gamme a aussi modifié la composition des ventes russes. Dans plusieurs pays asiatiques, les capacités locales de production de produits laminés limitent les possibilités d’exporter de l’acier fini à forte valeur ajoutée. Les groupes russes se tournent donc davantage vers des produits semi-finis, notamment la fonte et les brames, vendus avec des rabais conséquents.

Cette évolution pèse sur la rentabilité des exportations. Severstal a enregistré un EBITDA de 42,34 milliards de roubles, en baisse de 46 % sur un an. Son bénéfice net, déjà affecté par la diminution des revenus, s’est établi à 4,12 milliards de roubles, contre un niveau neuf fois supérieur un an plus tôt selon les données communiquées.

La contraction des marges ne concerne pas uniquement les ventes internationales. Les entreprises sont également exposées aux choix monétaires et de change des autorités russes. Le maintien d’un taux directeur russe supérieur à 14 % renchérit le coût du crédit, limite les nouveaux investissements et réduit l’accès au financement de marché pour les industriels.

Le coût du crédit pèse sur les investissements

Les flux de trésorerie communiqués par les groupes illustrent cette pression. Severstal a enregistré un flux de trésorerie négatif de 70,2 milliards de roubles au premier semestre. Pour NLMK, le flux négatif s’est élevé à 11 milliards de roubles. Ces montants traduisent un écart entre les sorties de liquidités et les ressources générées par l’activité sur la période.

Le service de la dette devient plus lourd à mesure que les revenus diminuent. Les informations disponibles indiquent que les grands groupes ont gelé leurs projets de développement. Les investissements sont ainsi freinés par la combinaison de la baisse du chiffre d’affaires, de la hausse des charges financières et de la difficulté à obtenir de nouveaux crédits dans des conditions jugées soutenables.

La politique de renforcement du rouble constitue une contrainte supplémentaire pour les producteurs d’acier. D’après les éléments présentés par les analystes, la rentabilité du secteur est tombée à 9,6 %. Avec une politique monétaire restrictive maintenue dans la durée, ce niveau de marge ne permettrait plus de couvrir pleinement l’augmentation des coûts liés aux emprunts, selon cette analyse.

Des répercussions dans les villes industrielles

La sidérurgie occupe une place particulière dans les régions où les grands combinats constituent les principaux employeurs. La baisse des revenus de NLMK et de Severstal, ainsi que la perte nette annoncée par MMK, place les entreprises de ces territoires sous une forte contrainte financière. Les sites industriels concernés structurent une grande partie de l’activité économique locale.

Les analyses citées évoquent plusieurs mesures possibles de gestion : réduction des primes, gel des revalorisations salariales et optimisation des effectifs. Ces décisions ne sont pas présentées comme déjà appliquées dans l’ensemble du secteur, mais comme les instruments auxquels les directions pourraient recourir pour stabiliser leurs comptes.

La situation des villes mono-industrielles dépendra donc directement de l’évolution des volumes produits et des résultats des groupes qui les emploient. Une baisse prolongée de l’activité pourrait réduire les recettes fiscales et affecter les revenus dans les régions concernées, tandis que les secteurs liés à la métallurgie resteraient exposés au ralentissement des commandes.

Pour les entreprises russes, les données du premier semestre combinent baisse de la production, recul des ventes, pertes nettes et trésorerie sous pression. Les prochains résultats des groupes sidérurgiques permettront de mesurer si cette dégradation se poursuit au second semestre 2026.

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