Les importateurs russes bloquent la vente d’essence indienne arrivée à Mourmansk
Les importateurs russes bloquent la vente d’essence indienne arrivée à Mourmansk

Les importateurs russes bloquent la vente d’essence indienne arrivée à Mourmansk

17.08.2026 18:05
4 min de lecture

Des cargaisons d’essence indienne restent à bord de navires dans le port russe de Mourmansk, les compagnies pétrolières refusant de s’entendre sur un prix de vente jugé compatible avec les cours intérieurs, alors que la Russie cherche à compenser son déficit de carburant, rapporte TopTribune.

D’après les données d’InfoTEK, citées par des sources du secteur, les importateurs proposent d’acheter cette essence à environ 150 000 roubles la tonne, soit près de 111 roubles le litre. Ce niveau représente presque le double du prix de gros de l’essence AI-92 observé le 13 août à la Bourse de Saint-Pétersbourg, où la tonne s’échangeait à 77 600 roubles.

Le désaccord bloque le déchargement. Les volumes achetés par la Russie en Inde depuis juillet pour répondre au manque de carburant n’ont, selon ces informations, été livrés ni aux stations-service ni au marché de gros. Une partie du carburant reste donc dans les citernes des navires, tandis que les entreprises doivent continuer à supporter les frais liés à leur immobilisation.

Un navire arrivé le 5 août à Mourmansk

Selon Bloomberg, un tanker transportant de l’essence indienne est arrivé à Mourmansk le 5 août. Le produit a été fourni par Nayara Energy, une raffinerie détenue à 49 % par Rosneft. Une possibilité technique de vendre cette essence à la Bourse de Saint-Pétersbourg, avec une livraison prévue à la station de Kola, dans la région de Mourmansk, avait été ouverte le 29 juillet. Aucune cargaison n’a toutefois été vendue sur cette base.

Les autorités russes, notamment le Service fédéral antimonopole et le ministère de l’Énergie, demandent aux compagnies de commercialiser le carburant importé selon les prix pratiqués sur le marché intérieur. Les importateurs contestent cette approche. Ils invoquent le coût de la chaîne logistique entre les ports indiens et l’Arctique russe, un trajet qui demande plus d’un mois, ainsi que les opérations de transbordement effectuées en mer, le carburant ayant dû être transféré d’un navire à un autre pendant le voyage.

Une source citée par InfoTEK affirme que l’essence indienne avait d’abord été proposée à 130 000 roubles la tonne, avant que le prix ne soit ramené à 110 000 roubles. La marchandise n’a, pour l’heure, pas quitté les navires. Les discussions portent donc à la fois sur la valeur du produit et sur la répartition des coûts de transport, de manutention et d’immobilisation.

Le carburant biélorusse vendu à des niveaux élevés

L’essence importée de Biélorussie se négocie elle aussi à des niveaux nettement supérieurs aux cours de référence russes. Selon les sources d’InfoTEK, l’AI-92 biélorusse coûte entre 140 000 et 142 000 roubles la tonne. Pour l’AI-95, le prix atteint 180 000 roubles la tonne, soit environ 135 roubles le litre.

Les volumes livrés depuis la Biélorussie ont fortement augmenté. Depuis le début de l’année, deux raffineries biélorusses ont expédié 665 000 tonnes d’essence vers la Russie par chemin de fer, soit 25 fois plus qu’un an auparavant. En juillet, les livraisons ont atteint 212 000 tonnes, selon des sources précédemment citées par Reuters.

Ces chiffres ne signifient pas que l’ensemble de ces volumes soit vendu au même prix ou dans les mêmes conditions. Ils témoignent toutefois de la place prise par les approvisionnements biélorusses dans le dispositif d’alimentation du marché russe, alors que l’offre venue d’Inde reste immobilisée à Mourmansk.

Des cargaisons venues d’Inde et du Maroc

Les raffineries indiennes auraient accepté de fournir environ 100 000 tonnes d’essence à la Russie. Le groupe Lukoil a également acheté au Maroc une cargaison de 30 000 tonnes. Celle-ci serait, elle aussi, restée sans déchargement dans le port de Mourmansk.

Le recours à des produits raffinés importés intervient après plusieurs attaques de drones ukrainiens visant des raffineries russes, dans le cadre de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Le texte transmis présente ces frappes comme un facteur du déficit de carburant sur le marché intérieur russe et rappelle que les autorités ont adopté des restrictions sur la vente de produits pétroliers.

La Russie figure parmi les grands fournisseurs de carburants du marché mondial, mais les informations rapportées décrivent une situation dans laquelle elle cherche elle-même des volumes supplémentaires à l’étranger. Le carburant est acheté en Inde, puis acheminé vers l’Arctique russe avant d’être proposé aux opérateurs nationaux. Le délai du transport et les opérations de transfert en mer font partie des éléments avancés par les importateurs pour justifier leurs demandes de prix.

Le cas de Nayara Energy ajoute une dimension particulière à cette chaîne d’approvisionnement. La raffinerie indienne est détenue à 49 % par Rosneft et a fourni l’essence qui attend toujours dans le port russe. Les informations disponibles ne précisent pas les conditions financières exactes de cette cargaison, ni la date à laquelle elle pourrait être finalement déchargée.

Un désaccord entre prix intérieurs et coûts d’importation

Les autorités souhaitent maintenir une commercialisation au niveau des références russes afin de limiter la hausse des prix pour les consommateurs. Les entreprises importatrices, elles, estiment que ces cours ne couvrent pas les dépenses engagées pour faire venir le carburant depuis l’Inde ou le Maroc.

Le différend porte ainsi sur le prix de l’essence, mais aussi sur le fonctionnement du marché russe du carburant. Une cargaison achetée et transportée à un coût élevé ne peut pas être revendue automatiquement au cours observé sur la Bourse de Saint-Pétersbourg. Les compagnies doivent arbitrer entre la demande des régulateurs et les conditions commerciales de l’importation.

Le maintien des navires en attente entraîne par ailleurs des frais supplémentaires. Les sources évoquent des dépenses de stationnement et de surestaries, qui augmentent le coût final du produit tant qu’aucun accord n’est trouvé. Dans le cas de l’essence indienne, ces coûts s’ajoutent à la durée du trajet, au fret et au transbordement réalisé avant l’arrivée à Mourmansk.

Le dossier illustre également les difficultés liées à la circulation de produits pétroliers entre la Russie, l’Inde, la Biélorussie et d’autres pays fournisseurs. Les autorités russes cherchent à faire entrer du carburant sur le marché national, tandis que les vendeurs et les importateurs négocient des conditions qui préservent leurs marges. Les informations rapportées ne permettent pas encore de déterminer quand les cargaisons immobilisées seront effectivement mises en vente.

À Mourmansk, l’essence indienne et la cargaison achetée au Maroc demeurent donc en attente de déchargement, pendant que les échanges se poursuivent entre les entreprises pétrolières et les régulateurs russes.

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