Les États-Unis ont dépensé plus d’un milliard de dollars en 2025 pour importer de l’uranium enrichi russe, en dépit d’une loi adoptée l’année précédente destinée à mettre fin à ces achats dans le cadre des sanctions contre Moscou, rapporte TopTribune.
Selon une enquête de Bloomberg, les opérateurs de centrales nucléaires américaines ont acheté à la Russie quelque 3,28 millions d’unités de travail de séparation (UTS) en 2025, représentant 26 % de l’ensemble des services d’enrichissement acquis cette année-là. Dix ans plus tôt, cette part n’était que de 17 %. Cette montée en puissance s’est produite alors même que le Congrès américain a voté en 2024 le « Prohibiting Russian Uranium Imports Act », un texte interdisant l’importation de combustible nucléaire russe. Mais la loi prévoit une exception : le ministère de l’Énergie peut délivrer des licences temporaires si aucune source alternative n’est disponible ou si cela sert les intérêts nationaux. Grâce à cette faille, la dépendance s’est maintenue.
Les revenus générés par ces exportations pour le Kremlin dépassent le milliard de dollars sur l’année 2025, d’après The Insider. Ce flux financier contraste avec la politique officielle des États-Unis, qui, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, cherchent à isoler économiquement la Russie. La dépendance américaine à l’égard de l’uranium enrichi russe s’inscrit également dans une dynamique plus large : en 2025, 77 % des services d’enrichissement achetés par les centrales nucléaires américaines provenaient de fournisseurs étrangers, un record qui fragilise la souveraineté énergétique du pays.
L’Europe aussi concernée
Du côté européen, la Russie reste le principal fournisseur d’uranium enrichi de l’Union, même si sa part de marché a reculé de 38 % en 2023 à 24 % en 2024. L’Allemagne illustre cette ambivalence : fin juillet 2026, le gouvernement fédéral et le ministère de l’Environnement de Basse-Saxe ont autorisé l’extension de l’usine de combustible nucléaire de Lingen, exploitée sous licence de TVEL, filiale du géant public Rosatom. Le ministre régional Christian Meyer a justifié cette décision par l’absence de sanctions européennes contre le secteur nucléaire russe, ne laissant aucun motif légal de refus. Ainsi, malgré la volonté politique de réduire les liens énergétiques avec Moscou, les infrastructures continuent de tourner avec des technologies russes.
Une contradiction stratégique
Cette situation crée une contradiction stratégique majeure pour Washington. Le Pentagone, dans sa « National Defense Strategy », désigne la Russie comme l’une des principales menaces. Pourtant, le maintien des importations d’uranium enrichi alimente directement le complexe militaro-industriel de l’adversaire. Des experts cités par Bloomberg préviennent que cette dépendance expose les États-Unis à un risque d’énergie nucléaire russe comme levier de pression. En cas d’interruption soudaine des livraisons, l’Amérique pourrait peiner à alimenter ses réacteurs, compromettant ses projets d’expansion de la production nucléaire pour les centres de données et l’électrification de l’économie.
Le défi dépasse le cadre bilatéral. Tant que les puissances occidentales ne se doteront pas de capacités d’enrichissement suffisantes, Moscou conservera une rente économique et un outil d’influence sur la sécurité énergétique des démocraties. La coopération transatlantique, notamment à travers des projets comme le français Orano, est appelée à s’accélérer pour sortir de ce piège stratégique.
L’administration américaine, qui tablait initialement sur une sortie complète de la dépendance au combustible russe d’ici janvier 2028, semble désormais incapable de tenir ce calendrier. Les dérogations temporaires, renouvelables, pourraient ainsi prolonger l’anomalie pendant plusieurs années encore.