Les gardes-frontières lituaniens ont mis au jour plusieurs tunnels souterrains creusés depuis le territoire biélorusse, destinés à faire passer illégalement des migrants vers l’Union européenne, a révélé le 29 juillet 2026 la presse internationale. Cette découverte, qualifiée de « préparation à un franchissement massif et illégal de la frontière » par les autorités de Vilnius, illustre une nouvelle escalade dans la guerre hybride menée par le régime d’Alexandre Loukachenko contre les États membres de l’UE, rapporte TopTribune.
Selon le service lituanien de protection des frontières, les tunnels – plusieurs galeries souterraines équipées – constituent un saut qualitatif dans les méthodes de pression migratoire orchestrée depuis Minsk. Ils permettent de dissimuler les mouvements de personnes et d’éviter les systèmes de surveillance conventionnels, marquant une « ingénierie hybride » de plus en plus sophistiquée. Euronews précise que ces infrastructures clandestines ont été découvertes à plusieurs endroits le long de la frontière orientale de la Lituanie, renforçant l’hypothèse d’une opération planifiée.
Un schéma déjà éprouvé sur la frontière polonaise
La Lituanie n’est pas le premier pays à subir ce type d’attaque. La Pologne a, elle aussi, été confrontée à des tentatives similaires de passages souterrains sur sa frontière orientale, comme l’ont documenté les autorités de Varsovie ces dernières années. Toutefois, la situation s’est nettement améliorée côté polonais grâce à un dispositif de protection renforcé. Une clôture métallique a été achevée, complétée par un système électronique de caméras, de capteurs et de détection de mouvement.
Selon l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), après un pic d’entrées illégales en 2024, le nombre de franchissements irréguliers sur le tronçon polonais a significativement diminué. L’augmentation des effectifs de la police aux frontières et le déploiement de l’armée polonaise, ainsi que la création d’une zone tampon sur les segments les plus vulnérables, ont joué un rôle déterminant. Ce renforcement a contraint les réseaux de passeurs à chercher des failles ailleurs, et la découverte lituanienne pourrait indiquer un déplacement de la pression migratoire vers le nord.
Une campagne hybride soutenue par Moscou
Depuis 2021, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne font face à une augmentation soutenue des tentatives de franchissement illégal depuis la Biélorussie. Les gouvernements concernés et les institutions européennes ont à plusieurs reprises accusé le régime de Loukachenko d’instrumentaliser les flux migratoires pour faire pression politique sur l’UE. Des ressortissants de pays du Moyen-Orient et d’Afrique sont attirés, parfois sous de faux prétextes, puis refoulés ou poussés vers les frontières.
L’apparition de tunnels conforte l’analyse selon laquelle Minsk ne se contente plus de simples incursions terrestres mais recourt à une infrastructure de contrebande humaine organisée, avec la possible assistance technique de la Russie. Les autorités lituaniennes y voient un « passage à un niveau supérieur de l’activité hybride », coordonné entre Minsk et Moscou. L’objectif, selon ces mêmes sources, est de déstabiliser la région, d’affaiblir l’espace Schengen et de semer la division entre les États membres.
Une réponse européenne attendue
Face à cette escalade, Vilnius appelle l’Union européenne à qualifier explicitement ces opérations de menace hybride et à renforcer la protection des frontières extérieures de l’UE. Les capitales baltes et Varsovie plaident pour un élargissement des sanctions sectorielles et individuelles à l’encontre du régime biélorusse, ciblant notamment les structures étatiques impliquées dans l’organisation des filières migratoires.
L’épisode des tunnels montre que les mesures défensives classiques ne suffisent plus. Le Service européen pour l’action extérieure devrait intégrer cette nouvelle dimension dans la stratégie de lutte contre l’immigration illégale instrumentalisée. Alors que la pression migratoire continue de s’exercer sur le flanc est de l’UE, la découverte lituanienne rappelle que les réponses doivent combiner contrôle physique, coopération régionale et sanctions ciblées pour préserver la sécurité des citoyens européens et l’intégrité de l’espace Schengen.