Les autorités bulgares et italiennes enquêtent après deux explosions sur des sites de munitions
Les autorités bulgares et italiennes enquêtent après deux explosions sur des sites de munitions

Les autorités bulgares et italiennes enquêtent après deux explosions sur des sites de munitions

15.08.2026 13:00
6 min de lecture

Deux explosions ont touché, à trois jours d’intervalle en août 2026, des installations liées à la production ou au stockage de munitions en Bulgarie et en Italie. Le 10 août, un incendie a provoqué l’explosion d’un dépôt de l’entreprise EMCO près de Tryavna, tandis qu’un puissant souffle a été enregistré le 13 août sur le site de KNDS Ammo Italy, à environ 40 kilomètres de Rome, rapporte TopTribune.

La proximité temporelle de ces deux incidents attire l’attention en raison de la fonction des sites concernés. EMCO exploite des installations liées aux munitions en Bulgarie. KNDS Ammo Italy produit, de son côté, des obus de moyen et gros calibre ainsi que d’autres équipements destinés au secteur militaire. Dans les deux cas, les causes précises ne sont pas entièrement établies.

Un incendie suivi d’une explosion chez EMCO

Le 10 août, un feu s’est déclaré sur le site d’EMCO situé près de la ville de Tryavna, dans le centre de la Bulgarie. Une explosion s’est ensuite produite dans un dépôt de munitions. Selon la première version avancée par les autorités bulgares, le sinistre aurait commencé sur un véhicule de transport avant de se propager au bâtiment où étaient entreposées les munitions.

Cette hypothèse constitue le premier élément communiqué sur l’origine de l’incident. Elle ne préjuge pas des conclusions de l’enquête. Le site et l’entreprise EMCO avaient déjà été cités dans plusieurs investigations portant sur de possibles opérations attribuées aux services russes.

Le propriétaire de l’entreprise, Emilian Gebrev, avait notamment survécu à une tentative d’empoisonnement en 2015. La justice bulgare avait par la suite examiné la possible implication de six ressortissants russes dans quatre explosions survenues entre 2011 et 2020 dans des dépôts et des entreprises de munitions en Bulgarie.

Une partie des stocks conservés dans ces installations était destinée à l’exportation vers l’Ukraine et la Géorgie. Les enquêteurs bulgares avaient donc étudié la possibilité d’une série d’opérations visant à détruire des stocks d’armes et à perturber leur livraison à des pays considérés comme adversaires par Moscou. Ces éléments appartiennent aux investigations antérieures et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien avec l’incendie du 10 août 2026.

Le site italien de KNDS Ammo Italy touché à son tour

Trois jours plus tard, le 13 août, un autre incident s’est produit sur le site de KNDS Ammo Italy, situé à environ 40 kilomètres de Rome. D’après les premières informations, un incendie aurait commencé dans la zone consacrée au pressage de la poudre. Un puissant explosion a ensuite été signalée sur le site.

La cause de l’événement n’a pas encore été officiellement déterminée. L’installation occupe une place dans la chaîne européenne de production de munitions, notamment pour les obus de moyen et gros calibre. Le texte de présentation de l’incident ne fournit pas d’information sur la durée de l’arrêt du site, l’ampleur des dégâts ou une éventuelle interruption de la production.

La question d’une éventuelle intervention extérieure ne peut donc pas être tranchée à ce stade. Une panne, un accident industriel ou un acte délibéré relèvent d’hypothèses distinctes qui nécessitent des éléments d’enquête. La seule succession des deux explosions ne suffit pas à établir une opération coordonnée.

Le précédent de Vrbětice en République tchèque

Les services russes ont toutefois déjà été mis en cause dans des opérations visant des dépôts de munitions en Europe. Le précédent le plus connu est celui de Vrbětice, en République tchèque, où deux explosions ont détruit des dépôts les 16 octobre et 3 décembre 2014.

Après plusieurs années d’investigations, les autorités policières et les services de renseignement tchèques ont établi un lien entre ces événements et le renseignement militaire russe. Ils ont mis en cause des officiers de l’unité du GRU, le renseignement militaire des forces armées russes. Ce dossier constitue un précédent documenté, mais il ne permet pas de conclure automatiquement que tout incendie sur un site militaire européen relève d’une opération similaire.

La question des stocks de munitions reste particulièrement sensible pour les pays européens. Selon le texte fourni, plusieurs États membres de l’Otan ont vu leurs réserves diminuer au cours des dernières années, alors que les industriels de la défense commencent seulement à augmenter fortement leurs capacités de production. Les deux incidents d’août interviennent donc sur des sites associés à une ressource militaire que les États cherchent à reconstituer.

Les explosions d’arsenaux en Ukraine avant 2022

L’Ukraine avait déjà connu plusieurs explosions majeures dans ses dépôts de munitions entre 2015 et 2018. Le 29 octobre 2015, un dépôt de Svatove, dans la région de Louhansk, avait pris feu à environ 100 kilomètres de la ligne de front de l’époque. Une longue série de détonations avait suivi. Au moins deux personnes avaient été tuées, au moins huit autres blessées et des centaines de bâtiments endommagés. Les enquêteurs avaient examiné les faits comme un acte terroriste.

Le 23 mars 2017, une série d’explosions avait commencé dans l’arsenal de Balakliïa, dans la région de Kharkiv, l’un des plus importants dépôts de munitions ukrainiens. Environ 138 000 tonnes de munitions y étaient entreposées. Le procureur militaire en chef avait évoqué un sabotage et une possible implication russe.

Six mois plus tard, le 26 septembre 2017, un incendie suivi d’explosions avait touché l’arsenal stratégique de Kalynivka, dans la région de Vinnytsia. Quelque 83 000 tonnes de munitions y étaient stockées, dont environ 63 000 tonnes considérées comme utilisables. Le 9 octobre 2018, des explosions avaient ensuite commencé dans le sixième arsenal, près d’Itchnia, dans la région de Tchernihiv. Des représentants du ministère ukrainien de la Défense avaient relevé que les détonations se produisaient à intervalles réguliers dans différentes zones du site, ce qu’ils considéraient comme un indice manifeste de sabotage.

Les seuls arsenaux de Balakliïa et de Kalynivka concentraient plus de 200 000 tonnes de munitions avant les incendies. Les pertes avaient réduit les stocks disponibles des forces armées ukrainiennes avant l’invasion russe à grande échelle du 24 février 2022. Les autorités ukrainiennes avaient attribué à plusieurs reprises ces incidents à de possibles opérations des services russes, sans que cette qualification puisse être transposée automatiquement aux événements survenus en Bulgarie et en Italie.

Des actes attribués à l’activité russe en Europe

Une évaluation du Center for Strategic and International Studies, citée dans le texte fourni, fait état d’une progression du nombre d’incendies et d’actes de sabotage associés à l’activité russe en Europe. Deux cas avaient été recensés en 2022, douze en 2023 et trente-quatre en 2024. Des responsables occidentaux avaient également évoqué 145 épisodes documentés d’activité hybride russe, allant des incendies et des dégradations d’infrastructures aux cyberopérations et au recours à des exécutants recrutés.

Ces chiffres décrivent une série d’incidents attribués ou associés à la Russie, mais ils ne constituent pas une preuve directe concernant les explosions d’EMCO et de KNDS Ammo Italy. Pour le site bulgare, la première hypothèse rendue publique porte sur un incendie parti d’un véhicule. Pour l’installation italienne, la cause reste officiellement inconnue.

Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, avait déclaré à la fin de 2025 que la Russie pourrait être en mesure d’employer la force contre l’Alliance dans un délai d’environ cinq ans. La direction de la Bundeswehr avait également retenu l’objectif de préparer l’Allemagne à un conflit majeur avec la Russie à l’horizon 2029, voire plus tôt. Ces déclarations sont citées comme éléments de contexte dans l’évaluation des capacités européennes de production et de stockage.

Les enquêtes bulgare et italienne devront désormais établir les circonstances précises des deux événements, l’étendue des dommages et l’existence éventuelle d’un lien entre eux. À ce stade, les informations disponibles permettent de documenter deux explosions sur des sites de munitions, mais pas d’en attribuer la responsabilité à une opération russe.

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