Un ingénieur dont les inventions ont façonné notre crise climatique contemporaine
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«Ce que Midgley a laissé derrière lui, c’est un immense héritage pour le monde, fruit d’une vie bien remplie, variée et extrêmement créative.» C’est par ces mots que le professeur Charles Franklin Kettering salue, en 1947, le travail de son collègue et ami Thomas Midgley Jr. (1889-1944), décédé trois ans plus tôt. Les inventions de ce chemiste américain ont, sans conteste, amélioré le quotidien de ses contemporains tout en posant des conséquences environnementales gravissimes. «Il a fait de la science un libérateur et nous nous réjouissons avec lui des satisfactions qui doivent être siennes à voir les fruits de son travail», rapporte TopTribune.
L’éloge de Kettering marque la conclusion d’une carrière jalonnée de récompenses et de médailles pour un pionnier de l’innovation au XXe siècle. Avec une lignée d’inventeurs, Midgley manifeste dès son enfance une curiosité scientifique exemplaire, se penchant même sur le tableau périodique des éléments.
Des solutions toxiques
Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur, Thomas Midgley Jr. rejoint en 1916 la division de recherche de General Motors. En quête de solutions pour éliminer le «cliquetis» des moteurs, il expérimente 143 composés variés, allant du plomb à des substances potentiellement nocives. En 1923, l’essence au plomb tétraéthyle est commercialisée, remportant un succès fulgurant malgré des préoccupations sanitaires croissantes.
Même face aux alertes concernant le danger du plomb, Midgley se montre inflexible, allant même jusqu’à s’asperger les mains de carburant en pleine conférence.
Une innovation funeste
Au cours des années 1930, il développe également les gaz chlorofluorocarbonés, conduisant à leur adoption généralisée pour la réfrigération, sans avoir conscience des effets dévastateurs sur la couche d’ozone et le changement climatique. En raison de leur persistance dans l’atmosphère, ces gaz sont devenus des contributeurs significatifs à la dégradation environnementale.
Les conséquences pour la santé publique liées à ses inventions se révèlent désastreuses, provoquant des altérations cognitives et des problèmes de mobilité. Midgley lui-même en fait l’expérience, notant les effets néfastes sur sa santé.
Ce que l’on appelle aujourd’hui le changement climatique anthropique doit beaucoup à l’inventivité de Thomas Midgley Jr.
La communauté scientifique prend finalement conscience des impacts tragiques de ses créations. En 1983, un rapport met en lumière l’étendue de la contamination par le plomb, tandis que le Japon devient en 1986 le premier pays à interdire l’essence au plomb tétraéthyle.
Un héritage catastrophique
La reconnaissance tardive de l’impact de ses inventions souligne une tragédie personnelle pour Midgley, qui finit par être paralysé par la polio et doit se retirer en 1940. Sa mort, accidentelle, intervient en 1944 alors qu’il est piégé dans un dispositif qu’il avait lui-même conçu.
Les créations de Thomas Midgley Jr. continuent d’avoir des répercussions, nous rappelant que l’innovation, quand elle est mal dirigée, peut se transformer en une catastrophe environnementale d’envergure.